Faire partager mes textes, mes coups de
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Posté le 29.01.2010 à 17:05

D’une vie à l’autre de Marie-Laure Bigand
 
Deux femmes qui ont peu de points communs :  Clarisse, élancée ; fine, tempérament artistique, volontaire, énergique et Emilie tout en rondeurs, pragmatique et résignée. Sans oublier l’éloignement géographique. Un accident arrache à Clarisse l’homme qu’elle aime, parallèlement Emilie sent que le père de son enfant se détache d’elle. Lorsque le hasard les fait se rencontrer un beau jour dans la même ville, rien d’anormal à ce que ces déboires sentimentaux fassent qu’elles sympathisent, me direz-vous. Trop simple pour l’auteure qui a bien préparé le terrain, créant une atmosphère de mystère dans les deux premières parties du roman. Ces deux femmes ont quelque chose en commun, quelque chose de vraiment pas banal. Et la troisième partie nous donne les clés du mystère.
Une histoire débordante de sensibilité, sans pathos inutile,  et pimentée d’humour. Et un suspense savamment entretenu.
Marie-Laure Bigand est prête pour le roman policier ! En tout cas, un livre que je recommande.
Editions Laura Mare.
En vente dans toutes les bonnes librairies ou à commander
editions.laurammare.com
On peut même le télécharger : www.lauramare.fr
 
 
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Posté le 23.01.2010 à 15:03
 
 
 
 
Tourner les pages
 
Elle ne semblait pas prendre plaisir à m’écouter. Son visage demeurait sans expression. Pas un sourire, pas une lueur d’émotion. Ses mains restaient figées sur ses genoux. Ce poème de Baudelaire qu’elle aimait tant, Une vie de Maupassant qu’elle m’avait pourtant demandé de lui relire, comment pouvaient-ils la laisser à ce point insensible ? Est-ce que quelque chose clochait dans ma voix ? Peut-être ne mettais-je pas suffisamment de conviction dans mes intonations ? Depuis qu’elle avait totalement perdu la vue, je rendais visite trois ou quatre fois par semaine à ma grand-tante Alice, piochais dans sa volumineuse bibliothèque le livre qu’elle m’indiquait, m’installais à ses côtés sur le vieux canapé de velours grenat et je lisais. Ce soir-là, elle m’interrompit au milieu du premier chapitre d’Une vie.
— C’est bon, petite… Je…
Devant son hésitation, je m’inquiétai.
— Tu es fatiguée, tante Alice ? Veux-tu que je t’aide à te mettre au lit ?
— Non… S’il te plaît… donne-moi ce livre.
Je le glissai entre ses mains noueuses. Elle le caressa, l’ouvrit, se mit à la feuilleter, lentement, amoureusement. Une lumière étrange baignait son visage.
— Ne t’inquiète pas, petite, j’aime que ta voix me chante mes poèmes préférés, me fasse découvrir ou redécouvrir de beaux morceaux de littérature. Il n’y a plus rien à tirer de mes pauvres yeux. Je me suis fait une raison. Je ne connaîtrai plus le plaisir de parvenir au bas d’une page en imaginant le mot, la phrase à découvrir tout en haut de la suivante, le plaisir de l’attente, de la surprise ou la satisfaction d’avoir deviné juste. Mais pourquoi me priverais-je du contact si précieux avec le papier ? J’aurais dû te l’avouer plus tôt. Mon oreille est comblée, ce sont mes mains qui s’impatientent.
Désormais, en m’installant près de tante Alice, je dépose un ouvrage sur ses genoux, n’importe lequel. Ma voix s’élève, le papier bruit doucement entre les mains de la vieille dame. Elle sourit, ses yeux semblent avoir retrouvé leur éclat d’autrefois. Elle a renoué avec le bonheur de tourner les pages.




Posté le 20.01.2010 à 13:25

« Chez le coiffeur, m’avait soufflé Lucie! C’est là que les bonnes femmes déballent leurs petits secrets, croustillants à souhait ! » Se payait-elle ma tête ? Voulait-elle me donner un coup de pouce, lasse d’assister jour après jour à la dérive de mon frêle esquif sur un océan d’alcools forts ? Le mal m’avait pris sournoisement. J’étais devenue tout à coup une coquille vide, sèche. Plus la moindre idée à coucher sur le papier et je ne savais rien faire d’autre qu’écrire. Mon éditeur s’impatientait, mon compte en banque frôlait le rouge. Je ne savais comment redresser le cap.
Et si Lucie avait raison ? Deux jours d’hésitation et je filai chez Luigi Tif, bien décidée, si dame inspiration pointait le nez, à m’offrir le grand jeu : couleur, coupe et brushing mode. Dans le cas contraire… mieux valait ne pas y penser : en dépit de ma panne de plume, j’étais parfois prise de drôles de lubies !
La porte passée, une étrange brise d’optimisme me caressa à la vue du solide gaillard dont le Figaro s’activait à frictionner la longue crinière brune. Au fil de la conversation entre les deux hommes, mon esprit embrumé s’éclaircit, et cela ne devait rien au fait que, par extraordinaire, je m’étais abstenue de picoler la veille.
 Alors, monsieur Franck, on arrive d’où cette fois ?
 D’Argentine où j’ai tenté d’élever des chevaux dans la pampa.
 Vrai ? Vous alors…
 Un flop, mon pauvre Luigi, mais pas de quoi en faire une maladie !
 Et moi qui vous croyais à Hollywood sur un plateau de tournage, avec Jennifer Lopez ou Sharon Stone !
 Tu retardes de quelques longueurs, ricana le beau gosse avant d’entamer avec complaisance le récit détaillé de ses pérégrinations que Luigi ponctuait de « Ho, Ha !» et de petits rires affectés. Le hasard venait de me mettre en présence d’un personnage haut en couleurs : un distingué énarque qui avait plaqué un beau jour sans crier gare sa vie dorée de PDG, son appartement à Neuilly, pour filer en mission humanitaire au Rwanda. Là-bas, confronté pendant trois mois à la violence, à l’horreur de la guerre, il avait ressenti l’appel irrésistible de la foi. Sa mission terminée, de retour en France, il avait opté pour la prêtrise. Frère François, qui ne reculait devant aucune difficulté, s’était deux années durant consacré à l’évangélisation des banlieues chaudes. La chasteté lui pesant, jetant la soutane aux orties, il avait gagné le Paris mondain, batifolé avec une starlette qu’il avait suivie aux States. Là, il avait vite compris qu’une belle gueule ne suffisait pas dans l’univers impitoyable du cinéma. Quittant Hollywood, il s'était laissé entraîner dans une chasse à un mystérieux trésor dans la forêt amazonienne qui lui avait valu un séjour dans une tribu dont il avait partagé les coutumes ancestrales. Enfin, réduit à faire la manche dans les rues de Bogota, il avait rencontré un Argentin qui lui avait proposé ce job de gaucho qui ne lui avait point plu.
Aujourd’hui, le baroudeur se refaisait un look de séducteur. Engagé par une agence d’escort-boys, il allait se reconstituer un pécule, juste ce qu’il fallait pour envisager de nouvelles expériences.
 Mon moral était remonté en flèche. Les mots, les images me brûlaient les doigts. Dutronc susurrait  sur mes lèvres « Je suis un aventurier ». Je tenais mon histoire et son titre !
Lorsque Franck se leva, je me précipitai : « Anne Lauris, écrivain. » M’excusant d’avoir écouté son récit, je lui fis part de mon intention de rédiger ses aventures, avec son accord, de ma quasi certitude d’en faire un best-seller. La bouche amère, le regard assassin, il me cracha à la figure :
 Sale petite fouille-merde, c’est MON histoire, MA vie. Si tu y touches,  je te colle un procès aux fesses… ou je te flingue !
Je m’affalai sur le fauteuil devant un Luigi confus. Triste capitaine Lauris, incapable de redresser le cap, condamnée à dériver de plus belle.
 On fait quoi,  ma p’tite dame ?
 On rase tout ! La boule à zéro !
    
 




Posté le 31.12.2009 à 17:05

Que ceux qui ont déjà lu ce texte me pardonnent! J'ai eu tant de plaisir à l'écrire que je ne peux m'empêcher de le rendre chaque année un peu plus méchant!

 

C’est un plaisir de présenter ses vœux de bonne et heureuse année à ceux que l’on aime et apprécie.
On a aussi quelquefois envie de souhaiter à certains… ce qu’ils méritent !
 
 
Monsieur le directeur des ressources humaines
 
Ma plume frémit d’aise en confiant au papier les aimables vœux que je formule pour vous pour l’année à venir, au nom de tous ceux que vous avez démolis.
Depuis votre arrivée dans notre entreprise où régnait une ambiance si conviviale, vous avez sans relâche saboté le fonctionnement des services et le moral des employés par votre incapacité à comprendre les problèmes, par votre balourdise et votre mépris des personnels. Alors, que vous souhaiter ?
Que la direction générale ouvre enfin les yeux sur votre incompétence notoire et vous mette d’autorité en retraite anticipée ? Oh que non ! La punition serait trop douce car votre paresse naturelle saurait fort bien s’accommoder de ce repos forcé : je vous imagine parfaitement vous faisant du lard dans votre chaise longue, rotant votre copieux repas de midi – vous nous avez habitués à ce petit plaisir –, surveillant d’un œil critique votre épouse en train de sarcler, bêcher, tondre la pelouse dans votre jardin.
Que l’on vous renvoie à vos anciennes fonctions dans une petite structure de province ? Non, mille fois non ! Le bruit court que vous n’y étiez pas mauvais, mais là encore la sanction serait bien trop clémente ; vous vous contenteriez de donner quelques signatures, laissant une équipe de braves sous-fifres abattre le travail et prendre les responsabilités à votre place.
Ce que je vous souhaite, c’est d’être rétrogradé au plus petit échelon de la hiérarchie pour y vivre enfin au quotidien les brimades que vous n’avez pas cessé d’infliger autour de vous et comprendre – mais êtes-vous assez intelligent pour cela – ? tout ce vous n’êtes jamais parvenu à vous mettre en tête.
Je veux vous voir assis de huit heures à dix-huit heures devant votre PC, frappant désespérément des tonnes de courrier, de statistiques, jusqu’à en avoir le dos cassé, les doigts meurtris et les yeux douloureux. Il me manquait trois personnes pour que mon unité fonctionne sans heurts : vous avez prétendu en avoir grand besoin ailleurs, notamment chez Françoise Gérard qui allait régulièrement larmoyer dans votre bureau, cuisses et seins à l’air ou presque. Moi aussi je demandais, stupidement hélas, en tailleur pantalon et col roulé et vous promettiez, promettiez… sans jamais tenir. Alors, je me régalerai de vous voir, vous aussi, espérer chaque matin un peu d’aide, et enrager chaque soir de n’avoir rien vu venir.
Il vous fallait deux secrétaires : une pour prendre vos messages et taper une lettre tous les quinze jours – vous êtes incapable de rédiger trois lignes en bon français – une autre pour vous servir le café trois à quatre fois par jour et l’apéritif plus souvent que de raison.
En 2010, je veux, j’exige, que vous couriez jusqu’au distributeur, mettiez dans la fente la pièce tirée de votre porte-monnaie personnel, humiez le café brûlant dans son gobelet de carton et au moment où vous vous apprêterez à déguster ce petit réconfortant bien mérité, soyez brutalement apostrophé : « Encore une pause café qui s’éternise ! Retournez immédiatement à votre poste de travail ! »
Que 2010 vous trouve également affecté aux tâches les plus ingrates : cartons de papeterie, sacs de courriers à transporter, meubles de bureau à déplacer. Et qu’à vous aussi l’on demande à tout moment, comme à ceux que vous traitiez méchamment d’équipe de bras cassés, d’abandonner la tâche en cours, prioritaire, pour donner un coup de peinture ou percer une porte dans une cloison. « Ça ne fait pas partie de vos attributions ? Moi, je vous dis que si, exécution ! »
Que vous souhaiter encore ? Ah ! oui, que l’on vous impose de faire en deux heures le ménage des trois étages de bureaux, de manier la lourde cireuse électrique, de récurer les toilettes que vous découvrirez chaque soir d’une propreté douteuse. Et que souvent lorsque vous arriverez pour prendre votre service, une voix goguenarde vous susurre à l’oreille : « On ne se serait pas un peu endormie hier soir ? Vous avez oublié le papier dans les WC du second, et mon bureau n’a pas été aéré. Le ménage, c’est important dans une entreprise. Vous en avez conscience, au moins ? En deux heures, moi, je vous fais un immeuble de quatre étages. »
Et lorsqu’en fin de mois ou d’année vous solliciterez la récupération de toutes ces heures supplémentaires que vous avez accumulées parce qu’il n’y avait pas moyen de faire autrement, j’entends bien que l’on vous réponde, comme vous saviez si bien le faire :
« Facile de tirer sa flemme toute la journée et de se mettre au boulot à partir de cinq heures du soir ! »
Dieu que j’aimerais être mouche lorsqu’on vous décochera ces flèches empoisonnées !
Et puis, pourquoi tous ces cafés, tous ces apéritifs que vous avez ingurgités aux frais de l’entreprise ne feraient-ils pas grimper votre tension, ne déclencheraient-ils pas une cirrhose, vous attirant les gentillesses dont vous étiez coutumier : « Malade, encore malade, j’en ai marre de ces petites natures ! »
Enfin, pour couronner le tout, je jubilerai lorsque, épuisé physiquement et moralement, vous pèterez les plombs et que la déprime vous emmènera vers un congé maladie dont les renouvellements successifs feront soupirer d’ennui et le médecin conseil de la caisse d’assurance maladie et le Président directeur général.
Voilà ce que je vous souhaite pour 2010, monsieur le directeur des ressources humaines. Jamais vœux de nouvel an n’ont été plus sincères. Pour qu’ils se réalisent, j’irai prier Saint-Expédit à l’église Saint-Louis, même si ce n’est pas dans mes habitudes ; je donnerai s’il le faut un paquet d’euros à mon voisin le marabout pour qu’il se livre à quelques pratiques d’envoûtement.
La coutume veut que l’on s’embrasse le 1er janvier : je le ferai donc pour la première et dernière fois : Recevez, monsieur le directeur des ressources humaines, le baiser des condamnés.
 







Posté le 17.12.2009 à 12:45

Et plein de livres en cadeaux, évidemment !




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