Posté le 26.02.2010 à 20:04
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Maman chérie
Tu vas être surprise, j’en suis sûre. Depuis quatre mois, tu as dû t’habituer à mes périodes de silence entrecoupées de missives suant le reproche, la rancœur. Je t'y criais combien je vous trouvais cruels, toi et papa de m’avoir abandonnée entre les mains des blouses blanches, dans cette prison si proche de chez nous où l’on ne m’autorise pourtant aucune visite. Je vous en ai tant voulu, vous accusant de cruauté, d'incapacité à me comprendre. C’était moi qui ne voulais pas, ne pouvais pas comprendre.
Maman, sais-tu que, depuis quelques jours, j’ai le sentiment étrange d’émerger tout doucement de la grisaille dans laquelle je m'étais engluée? Sais-tu, maman qu’hier j’ai mangé avec appétit un steak et des frites sans me sentir coupable ? Qu’avant-hier au déjeuner, j’ai dégusté, oui maman, dégusté une tarte aux pommes tout en regrettant qu’elle n’ait pas la saveur de celles que tu sais si bien préparer ? On m'a pesée ce matin. J'ai pris trois kilos. Trois, te rends-tu compte ? Et aucune bouffée d’angoisse ne m’est montée à la gorge. De retour dans ma chambre, je me suis regardée dans le miroir. Mes joues un peu plus rondes, un peu plus roses qu’à mon arrivée, ma silhouette longiligne un peu serrée dans mon jean ne m’ont pas fait hurler d’horreur. Je n’ai plus envie de fondre, maman, de disparaître à petit feu comme au plus fort de ma dépression.
Non, il ne faudra pas me féliciter pour mes efforts, pour avoir pris mes médicaments, être enfin revenue à la raison. Mon réveil, c’est à Julie, une infirmière arrivée depuis un mois, que je le dois. Nos premiers entretiens ont été une torture ; je restais butée, hostile, muette comme une bûche, comme avec les autres blouses blanches. « Puisque vous n’arrivez pas à parler, m’a-t-elle dit, écrivez tout ce qui vous a fait mal dans le passé, vous fait encore mal, faites le vide en écrivant, vous verrez… »
Sceptique, je me suis installée devant mon cahier d’écolière, stylo en main. Et les mots, les phrases se sont précipités en rafales.Tout ce que je ne suis jamais parvenue à confier à personne, même pas à toi, maman, qui m’a toujours entourée d’affection, je l’ai jeté sur le papier à gros carreaux, parfois en pleurant, parfois en rageant de m’être montrée aussi sotte, aussi résignée. Ces confidences faites à mon cahier ont pansé mes blessures à la manière d'un gel adoucissant, un peu comme cette pommade antidouleur que tu appliquais sur mes bosses de fillette turbulente.
Je n’ai plus peur de manger, maman. Je n’ai plus peur d’exister. Je me suis promenée dans le parc, hier. Un jardinier a murmuré que j’étais jolie et j’ai souri. Mon premier sourire depuis le début de mon isolement. À cette époque où les feuilles mortes jonchent le sol, où la nature s'endort, mon corps, mon cœur aspirent à vivre leur printemps. Ils se nourrissent d’espoir. Celui de pouvoir bientôt rentrer bientôt à la maison. Celui de mener à bien ma reconversion et d'en finir avec ce métier dans lequel je me suis fourvoyée. Celui d’aimer, à nouveau, parce qu’aimer ne me fera plus peur. Ce sera difficile, mais tu m’y aideras, maman.
J'ai hâte de t'embrasser.
Lucie


Posté le 13.02.2010 à 13:04
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Quelle comédie la vie!
16 nouvelles inédites!
4ème de couverture:
Des personnages qui sciemment se dissimulent dans la peau d’un autre ou derrière un masque, d’autres que les aléas de l’existence amènent à jouer un rôle auquel ils n’étaient pas préparés, d’autres encore à qui le hasard joue de bien curieux tours. Ce sont ceux que l’auteure a voulu placer sur la drôle de scène que constitue son recueil, la drôle de scène de la vie. Y alternent des situations, des issues amusantes, hilarantes, tragiques. Bien calé dans votre fauteuil de spectateur, partagez ces émotions diverses.
Prix 10 euros frais de port compris.
Contacter l'auteure pour un exemplaire dédicacé.
Peut aussi se commander chez l'éditeur-libraire:
http://www.librairieple.net

Posté le 29.01.2010 à 17:05
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D’une vie à l’autre de Marie-Laure Bigand
Deux femmes qui ont peu de points communs : Clarisse, élancée ; fine, tempérament artistique, volontaire, énergique et Emilie tout en rondeurs, pragmatique et résignée. Sans oublier l’éloignement géographique. Un accident arrache à Clarisse l’homme qu’elle aime, parallèlement Emilie sent que le père de son enfant se détache d’elle. Lorsque le hasard les fait se rencontrer un beau jour dans la même ville, rien d’anormal à ce que ces déboires sentimentaux fassent qu’elles sympathisent, me direz-vous. Trop simple pour l’auteure qui a bien préparé le terrain, créant une atmosphère de mystère dans les deux premières parties du roman. Ces deux femmes ont quelque chose en commun, quelque chose de vraiment pas banal. Et la troisième partie nous donne les clés du mystère.
Une histoire débordante de sensibilité, sans pathos inutile, et pimentée d’humour. Et un suspense savamment entretenu.
Marie-Laure Bigand est prête pour le roman policier ! En tout cas, un livre que je recommande.
Editions Laura Mare.
En vente dans toutes les bonnes librairies ou à commander
editions.laurammare.com
Posté le 23.01.2010 à 15:03
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Tourner les pages
Elle ne semblait pas prendre plaisir à m’écouter. Son visage demeurait sans expression. Pas un sourire, pas une lueur d’émotion. Ses mains restaient figées sur ses genoux. Ce poème de Baudelaire qu’elle aimait tant, Une vie de Maupassant qu’elle m’avait pourtant demandé de lui relire, comment pouvaient-ils la laisser à ce point insensible ? Est-ce que quelque chose clochait dans ma voix ? Peut-être ne mettais-je pas suffisamment de conviction dans mes intonations ? Depuis qu’elle avait totalement perdu la vue, je rendais visite trois ou quatre fois par semaine à ma grand-tante Alice, piochais dans sa volumineuse bibliothèque le livre qu’elle m’indiquait, m’installais à ses côtés sur le vieux canapé de velours grenat et je lisais. Ce soir-là, elle m’interrompit au milieu du premier chapitre d’Une vie.
— C’est bon, petite… Je…
Devant son hésitation, je m’inquiétai.
— Tu es fatiguée, tante Alice ? Veux-tu que je t’aide à te mettre au lit ?
— Non… S’il te plaît… donne-moi ce livre.
Je le glissai entre ses mains noueuses. Elle le caressa, l’ouvrit, se mit à la feuilleter, lentement, amoureusement. Une lumière étrange baignait son visage.
— Ne t’inquiète pas, petite, j’aime que ta voix me chante mes poèmes préférés, me fasse découvrir ou redécouvrir de beaux morceaux de littérature. Il n’y a plus rien à tirer de mes pauvres yeux. Je me suis fait une raison. Je ne connaîtrai plus le plaisir de parvenir au bas d’une page en imaginant le mot, la phrase à découvrir tout en haut de la suivante, le plaisir de l’attente, de la surprise ou la satisfaction d’avoir deviné juste. Mais pourquoi me priverais-je du contact si précieux avec le papier ? J’aurais dû te l’avouer plus tôt. Mon oreille est comblée, ce sont mes mains qui s’impatientent.
Désormais, en m’installant près de tante Alice, je dépose un ouvrage sur ses genoux, n’importe lequel. Ma voix s’élève, le papier bruit doucement entre les mains de la vieille dame. Elle sourit, ses yeux semblent avoir retrouvé leur éclat d’autrefois. Elle a renoué avec le bonheur de tourner les pages.

Posté le 20.01.2010 à 13:25
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« Chez le coiffeur, m’avait soufflé Lucie! C’est là que les bonnes femmes déballent leurs petits secrets, croustillants à souhait ! » Se payait-elle ma tête ? Voulait-elle me donner un coup de pouce, lasse d’assister jour après jour à la dérive de mon frêle esquif sur un océan d’alcools forts ? Le mal m’avait pris sournoisement. J’étais devenue tout à coup une coquille vide, sèche. Plus la moindre idée à coucher sur le papier et je ne savais rien faire d’autre qu’écrire. Mon éditeur s’impatientait, mon compte en banque frôlait le rouge. Je ne savais comment redresser le cap.
Et si Lucie avait raison ? Deux jours d’hésitation et je filai chez Luigi Tif, bien décidée, si dame inspiration pointait le nez, à m’offrir le grand jeu : couleur, coupe et brushing mode. Dans le cas contraire… mieux valait ne pas y penser : en dépit de ma panne de plume, j’étais parfois prise de drôles de lubies !
La porte passée, une étrange brise d’optimisme me caressa à la vue du solide gaillard dont le Figaro s’activait à frictionner la longue crinière brune. Au fil de la conversation entre les deux hommes, mon esprit embrumé s’éclaircit, et cela ne devait rien au fait que, par extraordinaire, je m’étais abstenue de picoler la veille.
— Alors, monsieur Franck, on arrive d’où cette fois ?
— D’Argentine où j’ai tenté d’élever des chevaux dans la pampa.
— Vrai ? Vous alors…
— Un flop, mon pauvre Luigi, mais pas de quoi en faire une maladie !
— Et moi qui vous croyais à Hollywood sur un plateau de tournage, avec Jennifer Lopez ou Sharon Stone !
— Tu retardes de quelques longueurs, ricana le beau gosse avant d’entamer avec complaisance le récit détaillé de ses pérégrinations que Luigi ponctuait de « Ho, Ha !» et de petits rires affectés. Le hasard venait de me mettre en présence d’un personnage haut en couleurs : un distingué énarque qui avait plaqué un beau jour sans crier gare sa vie dorée de PDG, son appartement à Neuilly, pour filer en mission humanitaire au Rwanda. Là-bas, confronté pendant trois mois à la violence, à l’horreur de la guerre, il avait ressenti l’appel irrésistible de la foi. Sa mission terminée, de retour en France, il avait opté pour la prêtrise. Frère François, qui ne reculait devant aucune difficulté, s’était deux années durant consacré à l’évangélisation des banlieues chaudes. La chasteté lui pesant, jetant la soutane aux orties, il avait gagné le Paris mondain, batifolé avec une starlette qu’il avait suivie aux States. Là, il avait vite compris qu’une belle gueule ne suffisait pas dans l’univers impitoyable du cinéma. Quittant Hollywood, il s'était laissé entraîner dans une chasse à un mystérieux trésor dans la forêt amazonienne qui lui avait valu un séjour dans une tribu dont il avait partagé les coutumes ancestrales. Enfin, réduit à faire la manche dans les rues de Bogota, il avait rencontré un Argentin qui lui avait proposé ce job de gaucho qui ne lui avait point plu.
Aujourd’hui, le baroudeur se refaisait un look de séducteur. Engagé par une agence d’escort-boys, il allait se reconstituer un pécule, juste ce qu’il fallait pour envisager de nouvelles expériences.
Mon moral était remonté en flèche. Les mots, les images me brûlaient les doigts. Dutronc susurrait sur mes lèvres « Je suis un aventurier ». Je tenais mon histoire et son titre !
Lorsque Franck se leva, je me précipitai : « Anne Lauris, écrivain. » M’excusant d’avoir écouté son récit, je lui fis part de mon intention de rédiger ses aventures, avec son accord, de ma quasi certitude d’en faire un best-seller. La bouche amère, le regard assassin, il me cracha à la figure :
— Sale petite fouille-merde, c’est MON histoire, MA vie. Si tu y touches, je te colle un procès aux fesses… ou je te flingue !
Je m’affalai sur le fauteuil devant un Luigi confus. Triste capitaine Lauris, incapable de redresser le cap, condamnée à dériver de plus belle.
— On fait quoi, ma p’tite dame ?
— On rase tout ! La boule à zéro !

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