Ne pleure pas, bébé !
C’est ce qu’ils ont dit, les gendarmes qui ont conduit en centre de rétention un bébé de trois semaines ? Ne pleure pas bébé, on est bien gentils de ne pas te séparer de tes parents, on aurait pu, tu sais ! En plus, on ne te laisse pas à la rue, on t’emmène au chaud. Et la loi, c’est la loi ! Alors, ne pleure pas bébé !
Heureusement, un tribunal a jugé ce traitement inhumain et ordonné la remise en liberté de la famille. Heureusement ? Pleurez, braves gens ! Récupérés au centre, père, mère et bébé ont été déposés sur un trottoir où la mère a allaité le petit. Traitement humain ? Par chance, il existe des organisations humanitaires qui n’aiment pas voir les démunis crever de froid dans la rue. Ne pleure pas bébé, ces gens-là veilleront sur ton sort. Mais combien de temps réussiront-ils à te protéger ?
Dans les hautes sphères, monsieur Brice veille au grain. Il enrage que les quotas d’expulsions qu’il s’était fixés ne soient pas encore atteints. Alors, en accueillir trois autres de ces individus qui viennent d’ailleurs parce que la misère, l’oppression politique les contraignent à fuir, pas question !
Trois, ce n’est pas beaucoup, madame, mais la famille a tout le temps de s’agrandir. Et chez ces gens-là, madame, on pond des petits sans réfléchir. Et ce bébé, madame, il va grandir, il va faire des petits, lui aussi, qui en feront d’autres, puis d’autres encore. Et tout ce joli monde brûlera nos bagnoles et mettra à sac nos banlieues, madame…
Je ne pleure plus devant ce genre d’histoires, je crie, je hurle, en espérant que d’autres crieront, hurleront avec moi pour que ça n’arrive plus…
