Tu as dû enrager Kariata, verser quelques larmes sans doute, ce mercredi 21 novembre 2007. La police des frontières t’a retenue près de onze heures en zone d’attente à l’aéroport d’Orly. Maligne, la petite dame à la peau noire : prétend qu’elle rentre d’un voyage au Bénin, avec escale au Maroc, exhibe un passeport français portant une photo qui ne lui ressemble pas à 100%. En plus, elle est de parents français d’origine ivoirienne ! Eh, on ne la leur fait pas, à ces fins limiers ! Encore une qui essaie de mettre le pied sur notre belle d’accueil avec de faux papiers.
Tu en as pas mal de papiers avec toi, Kariata : ton livret de famille, des quittances de loyer, d’EDF, de téléphone, ta carte d’identité, ton carnet de santé apportés par parents et amis. Pfft…Trop de preuves tuent la preuve ? À bout d’arguments, tu demandes que l’on appelle un officier des RG de Meaux avec qui tu as travaillé : tu as travaillé deux ans en tant qu’adjointe de sécurité. Il reconnaît ta voix, sans l’ombre d’un doute. On ne te libère pas pour autant. (La confiance règne !) Tu t’inquiètes pour tes trois enfants qui t’attendent à la maison. Surtout que l’on brandit et rebrandit la menace de t’expulser vers le Maroc. Ta famille s’inquiète et alerte SOS racisme. Ton cauchemar se termine jeudi à 1 heure.
Mais aussi, Kariata, avoue que tu as tout fait pour leur compliquer la tâche à ces braves fonctionnaires de la PAF ! Tu n’as pas la peau de Blanche Neige, tu es française, tes parents sont nés en Côte d’Ivoire, tu vas te balader au Bénin, tu reviens par le Maroc. C’est déjà dur à avaler tout ça en ce moment. Enfin, cerise sur le gâteau, tu as grossi de quelques kilos depuis la délivrance de ton passeport. Mais qu’est-ce qui t’a pris? Dans ta situation, cela fait partie des choses à éviter. Que ça te serve de leçon ! Imagine, un banal contrôle d’identité – si l’on peut dire banal vu que l’on contrôle en général au faciès – tu vas encore perdre un temps fou et surtout en faire perdre aux gardiens de l’ordre. Parce que pendant ce temps-là, les vrais détenteurs de faux papiers, les sans papiers du tout, ils courent toujours, et ça, c’est mauvais pour les statistiques de monsieur Brice !
Pardonne-moi, Kariata, de me forcer à blaguer ! C’est toujours ce que je fais quand je ne veux pas qu’on me voie ou m’entende pleurer ! .
