En traversant le jardin des Utopies
Pour rentrer chez moi – j'habite en centre ville – il m'arrive de traverser un beau jardin public baptisé par notre municipalité Jardin des Utopies. Je ne saurais vous dire pourquoi. Peut-être parce que cela relevait de l’utopie d’y placer en plein air des statues africaines qui, magnifiques lorsqu’elles étaient neuves – je pensais qu’elles étaient en bronze ! –, sont en train de se transformer en grandes tiges de papier mâché. Peut-être parce que pas mal de collégiens et lycéens y viennent deux par deux y rêver à l’avenir… entre autres choses –
Bref, cet après-midi-là, alors que revenant d' une grande surface qui fêtait son anniversaire à grands coups de promos et de tickets à gratter – je n'ai rien gagné – je remarquais combien la végétation s'était étoffée – ledit jardin n'a que deux ans d'âge – j'admirais les arbrisseaux déjà parés de leurs couleurs automnales, mélanges d'orange, de rouge et d'or, voilà que tout à coup j'aperçois une paire de jambes dépassant d'un massif touffu. Jeans, baskets, rien ne semble frémir. Mon dieu, me dis-je, un brave garçon a pris un malaise ! J'envisage même une agression : Crime aux Jardin des Utopies, à la une du canard local du lendemain matin ! Ce que c'est que de dévorer des polars ! Je m'approche ... pour découvrir un corps d'ado bel et bien en vie, allongé sur celui d'une demoiselle qui m'avait tout l'air de frétiller d'aise. "Faut pas s'gêner", ai-je murmuré en étouffant de rire. J'ai repris ma route, incapable de réprimer mon hilarité. Ceux qui m'ont croisée vers 17h30 ce jour-là ont dû me prendre pour une illuminée !

