Les manants de Calais
On a mobilisé des hélicoptères, des hommes en armes, des chiens pour une chasse de grande envergure. Qui fallait-il traquer ? Des animaux dangereux, une bande de criminels redoutés pour leur violence ? Juste de pauvres gens fatigués, affamés dont le seul crime est de vouloir échapper à la misère et la violence de leur pays d’origine et de ne pas posséder de titre de séjour en bonne et due et forme. Les avez-vous vus, assis à terre, hommes, femmes, enfants humiliés, tenus en respect par les représentants de l’ordre ?
C’est pour leur bien que cette opération a été menée chante le ministre préposé à l’immigration. Ce n’est pas à eux que l’on en veut, c’est à ces escrocs de passeurs qui leur font miroiter l’eldorado. D’ailleurs, on en a arrêté des passeurs, dix. Est-il permis de rire ? Veut-on nous faire croire que les passeurs se cachent dans les environs de Calais au milieu de ces malheureux clandestins à qui de courageux bénévoles apportent nourriture et soutien ?
Qu’on ne s’y trompe pas ! Deux jours après cette vaste chasse à courre des temps modernes, le même ministre déclare qu’il faut démanteler cette « jungle » du nord-est de Calais, tout comme il annoncerait qu’il faut déclencher une vaste opération de nettoyage des détritus.
Il y a des jours où sincèrement je ne reconnais plus mon pays et où le rouge de la honte me monte au front.


