Coufle
J’ai encore pris au moins cent grammes. Rien d’anormal, c’est ce qui m’arrive chaque année et qui fait que je me porte de mieux en mieux, à ce qu’ils disent. Aucun risque que je ne rentre plus dans ma belle jaquette parce que de l’exercice, on m’en prévoit suffisamment. Mais cette année, sincèrement, je me sens mal : physiquement ballonné, écoeuré et moralement excédé, prêt à exploser.
Je me calme et j’explique. Il paraît que c’est normal de s’étoffer avec l’âge. J’ai donc au fil du temps absorbé de bon cœur les nombreuses nouveautés dont on m’a nourri.
Élevé aux bonnes vieilles soupes, au cassoulet bien de chez nous – vous sentez cet arôme de poireaux pommes de terre, ce fumet de saucisses haricots ? – je digérais également sans problème le couscous –comme là-bas, dis ! – la paella – et viva l’Espana ! Bon, j’arrête la rigolade, j’en entends déjà qui me traitent de pochetron ! J’ai grignoté des crackers sans rechigner, je me suis ravitaillé sans broncher à la sandwicherie du coin. J’ai craqué pour les nuggets et je me suis régalé avec l’arrivée des brownies. Ah ! les brownies des USA, ce mœlleux, cette saveur chocolatée… je m’en lèche encore les babines. Quant à la cuisine au wok, je m’y suis fait : encore un parfum d’exotisme, de dépaysement. J’ai failli éclater avec la flammkuche. Et voilà maintenant qu’on veut me goinfrer aux enchiladas. Alors là, stop ! Les enchiladas, j’y suis allergique, ça me chauffe jusqu’au zigouioui. En matière de sport, j’ai su évoluer aussi. J’ai commencé avec la marche à pied, la gymnastique, la natation, tout bêtement. On m’a collé sur des terrains de football, de rugby, lancé sur des pistes de ski où j’ai réussi quelques schuss. Pour faire de moi un athlète complet, on m’a initié avec le temps au water-polo, au karaté. L’aquagym m’a énormément détendu. Le jetski, j’en garde des souvenirs de chutes douloureuses. Aujourd’hui, on me met au kitesurf ! Ça commence à bien faire ! De colère, mes dreadlocks (1999 Alain ?)s’agitent comme quand je m’éclate au karaoké. (À quand il remonte celui-là ?) Et je ne vous en cite que quelques-unes des carabistouilles dont on m’a gavé, cette année. Gavé, vous dis-je, comme ces pauvres oies du Périgord. Hé, ho, Alain Rey et compagnie, mettez un frein à vos parties de chasse, à vos velléités de collectionneurs. Allez vous faire soigner, consultez un spécialiste en addictologie! Parce que tout ça pour quoi finalement. ? Pour faire mieux que La Rousse. Je ne sais pas ce qu’elle en pense, elle, du gavage annuel : mon nouveau système de géolocalisation est en panne, j’ai perdu sa trace à La Rousse. Mais vous savez ce qu’il dit le petit Robert, à ses foutus géniteurs ? Qu’il n’en peut plus, qu’il est Coufle* ! Ah ! tu ne connais pas ce mot, Alain ? C’est du gaga, du patois stéphanois. Tiens, c’est cadeau pour l’édition 2009, à condition que tu te limites à celui-là, parce que si tu pousses encore jusqu’à 400, je la fais péter ma jaquette !
*Coufle: en gaga, qui n'en peut plus parce qu'il a trop mangé!