Faire partager mes textes, mes coups de
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Posté le 31.08.2009 à 13:03

- Très originale, très design, ta banquette clic-clac » s’exclame la dame au chapeau noir qui vient d’entrer dans la pièce et de laisser tomber sur moi ses quatre-vingts kilos de graisse molle.
- Maman, glousse Louise, ça me fait vraiment plaisir que tu apprécies mes qualités de décoratrice ! Un jeté de lit bordeaux et une dizaine de coussins de chez Ikaé m’ont suffi pour relooker un vieux divan déniché dans une brocante !
Depuis mon arrivée dans ce minuscule studio d’étudiante, c’est bien la quatrième ou cinquième fois que je l’entends, ce refrain du vieux divan relooké en banquette design. Ça commence à bien faire ! Qu’est-ce qu’elles ont de plus que moi ces… clic-clac ?
Je ne me sens pas si mal que ça dans ma peau de divan ancien qui a vécu bon nombre d’aventures. J’ai quelques inquiétudes toutefois quant à ce que l’avenir me réserve chez Louise.  
Pour tout vous dire, à peine sorti de l’atelier de l’artisan dans mon bel habit de velours bordeaux, j’ai pris mes quartiers dans le salon de lecture de la comtesse Désormière. Une grande dame blonde dont le mari voyageait beaucoup. Pour tromper sa solitude, elle passait de longs après-midis assise ou allongée, un livre à la main. Dieu sait qu’elle en a lu des romans dans les années soixante ! Elle somnolait parfois et l’ouvrage atterrissait entre mes coussins. J’en ai caressé des couvertures de Madame Bovary, des Illusions perdues, du Grand Meaulnes… la mémoire me fait défaut.
Un beau jour, la comtesse a fait ses bagages pour rejoindre le comte à l’étranger. On m’a transporté avec d’infinies précautions dans la maison voisine, chez madame Grandchamp, toute heureuse de pouvoir accueillir ses petites-filles pour les vacances. Ce qu’elles étaient mignonnes, les jumelles ! Toutes brunes, toutes bouclées, délicieusement potelées ! Elles s’endormaient serrées l’une contre l’autre, entourées de leurs peluches préférées.  Les battements de leurs petits cœurs, la douce musique de leur respiration me gonflaient de bonheur.
Les petites ont grandi, cessé leurs visites. La grand-mère m’a vendu pour une bouchée de pain à la concierge de l’immeuble. « Pour coucher ma Lili et son Gus quand y viendront en viquande! » Ces deux-là, ils n’arrêtaient pas de se grimper dessus. La moitié de la nuit, ça gigotait, ça roulait de gauche à droite. Je tremblais pour mes ressorts.  Une fois le calme revenu, il me fallait supporter les ronflements de Lili et les pets sonores de Gus ! Sans compter qu’ils n’avaient même pas la politesse de me replier le matin. « Hé, hé, ricanait Gus, à quoi bon ? Qui sait si on va pas y retourner au pageot dans la journée ! » Moi, je n’aime pas du tout rester dépoitraillé, c’est indécent.
Quand la concierge a mis le holà aux visites de Gus et de Lili, « des fainéants qui débarquaient juste pour emprunter des sous », j’ai fait un long voyage en camionnette et me suis retrouvé dans un vaste espace où s’entassaient pêle-mêle meubles, appareils ménagers pas très reluisants, statues et bibelots en tous genres. J’avais pour voisin de gauche un réfrigérateur et pour voisine de droite une réplique de la Vénus de Milo. Une prétentieuse qui se vantait de ne pas faire long feu dans ce gourbi. Elle était belle, célèbre, elle, un collectionneur avisé ne pourrait qu’avoir un coup de cœur pour elle.
 « Laisse dire, me consolait le frigo, nous au moins, nous avons notre utilité. Je suis là depuis un bon moment, la Milo aussi d’ailleurs, mais tu sais, dans une brocante, tout est une question de hasard. J’ai vu partir des chaises bancales, des armoires qui menaçaient de s’écrouler, alors gardons espoir !"
Je commençais tout de même à me languir lorsque Louise est passée un dimanche. Elle m’a jeté un regard qui m’a fait chaud au cœur, m’a tapoté au point que j’en fus tout retourné. Je l’ai entendue argumenter avec le patron, insister jusqu’à avoir gain de cause. « Vous savez y faire, petite demoiselle ! A ce prix-là, c’est cadeau et en plus, je vous le livre nettoyé, nickel. »
Louise revient de sa balade en ville. Elle a perdu la grosse dame au chapeau en route. Par contre, elle tient entre ses bras un paquet rectangulaire enveloppé de papier kraft.
À peine débarrassée de son manteau, elle déchire l’emballage, se juche sur un tabouret - prudence Louise !- et accroche un tableau au mur en face de moi, au-dessus du bureau en bois blanc. Un tableau, faut le dire vite ! Moi, ce que je distingue, ce sont des taches de couleur, des formes géométriques. Parlez-moi de La femme à l’Ombrelle de chez la Comtesse - je l’adorais son Monet - des danseuses en tutus de Degas chez madame Granchamp. Ces gribouillis me feraient presque regretter les trois pommes dans une assiette de la concierge ! Louise est ravie. Lovée entre mes coussins, elle admire son Kandinsky lorsque la sonnette de l’entrée retentit.
Un individu barbu, les yeux exorbités, pousse ma Louise jusqu’au milieu de la pièce et la secoue comme un prunier. Elle a beau protester que c’est fini, qu’elle ne veut plus le voir, le méchant la jette sur moi et pèse sur elle de tout son poids. Elle a du mal à résister la petite. Futée, elle feint de mollir, d’accepter un baiser aviné et tire parti d’un instant de relâchement du bonhomme pour s’arcbouter et, d’une secousse désespérée que je me fais un plaisir d’accompagner, l’envoyer balader de l’autre côté du studio. Il titube, son dos heurte le bureau avec violence. Deux secondes plus tard, il est recroquevillé à terre, groggy, la tête encadrée par le Kandinsky descendu de son perchoir. À mon avis, il ne va pas se réveiller de sitôt !
Louise éclate de rire en retapant mes coussins, un joli rire frais qui me rappelle celui des jumelles. Si elle pouvait entendre le mien…
En fin de compte, je crois qu’elle va me plaire, ma nouvelle existence de clic-clac design !
 
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Posté le 17.07.2009 à 11:33
 
T’aurais pu faire tes bagages
T’en aller, tourner la page
Vivre ta vie et prendre du bon temps
Mais on n’était pas bien grands.
Tu as préféré rester
Être le chef du foyer.
Quelle chance on a eue d’avoir un grand frère
À la fois grand frère et père.
 
T’as toujours été présent
Sans jamais compter ton temps
Tu as suivi nos études, nos efforts,
Nous a menés à bon port.
On n’ se parlait pas beaucoup
On n’ se sautait pas au cou
Mais on savait que t’étais toujours là
Quand pour nous ça n’allait pas.
 
Bien plus tard on a tremblé
Lorsqu’en avion tu partais
Seul vers la Thaïlande ou vers Cuba
Le Maroc, le Canada
On était contents pour toi,
Mais jusqu’à l’heure du retour
Le cœur serré, on s’ disait chaque jour
Est-ce que tout va bien là-bas ?
 
Tu nous as pris par la main
Pour un bon bout de chemin
À notre tour on t’a pris par la main
Pour le reste du chemin.
On l’aurait souhaité heureux
Bien plus long, moins douloureux.
Au moment où tu nous quittes, apaisé
On tient à te répéter :
Quelle chance on a eue d’avoir un grand frère
À la fois grand frère et père,
Quelle chance on a eue d’avoir un grand frère
À la fois grand frère et père.
 
Il s"appelait Claude. Il s'en est allé le lundi 13 juillet 2009.
 




Posté le 12.06.2009 à 20:05

 
Je ne suis pas spécialiste en matière de romans policiers. Mais j’apporterai mon avis de lectrice friande de ce type de littérature. Comme beaucoup de gens de mon âge, j’y ai pris goût avec les Conan Doyle, les Agatha Christie, les Simenon qui paraissent bien dépassés aujourd’hui. Tout comme les Mary Higgins Clark. Je n’accroche pas à Vargas, Connelly. Je suis devenue fan du Suédois Henning Mankell. Tout cela pour dire que j’apprécie un policier bien construit, bien écrit, et qui fasse travailler l’imagination du lecteur. J’ai trouvé tout cela dans La larme du poison.
Un bonheur de construction : les personnages sont nombreux, certains éloignés géographiquement, mais l’auteur consacre à chacun ou aux différents éléments de l’intrigue les concernant ou les rassemblant des chapitres relativement courts qui permettent de faire la point, de favoriser la réflexion. On ne perd jamais le fil, des jalons sont jetés ça et là, astucieusement, pour nous conduire vers le pourquoi de cet enchaînement de meurtres et suicides et vers la clé du mystère.
Le style est alerte, bien adapté au genre. Personnellement, j’ai aimé l’alternance de phrases construites et de phrases courtes, sans verbes propres à traduire ce qui se passe instantanément dans l’esprit de celui qui parle, enquêteur ou autre.
Des personnages attachants et hauts en couleur, en particulier le policier d’origine tahitienne.
Pour conclure, un bon policier, noir sans sombrer dans l’horreur absolue. Une réussite. Pour un premier ouvrage, une réussite.
Au fait, un mot de l'histoire? Extrait de la 4ème de couverture:

 

"Rennes. Un cambriolage dans les archives de la prison centrale laisse perplexe l'enquêteur tahitien Hiro Taavuna... Des dossiers de l'année 1976 ont mystérieusement disparu sans que personne ne veuille savoir ce qu'ils contenaient.
Du moins, en apparence.
A cent cinquante kilomètres de là, Joss Randall est retrouvé mort après une soirée arrosée. Affaire classée. Mais pour l'ancien gendarme Perrin, ce n'est pas aussi simple. Aidé de ses amis, il va se mettre en quête de la vérité... Peu à peu et les morts vont s'enchaîner. Rapidement, les deux affaires vont se lier. Quand vengeance et justice se confondent, que le passé ressurgit, il n'est pas bon de rester dans les parages."

 



 

 




Posté le 29.05.2009 à 12:52

La librairie de Paris, rue Michel Rondet à St Etienne m'accueillera le samedi 6 juin à partir de 15h pour une séance de dédicaces.

Au menu: Quelle comédie la vie, recueil de nouvelles  et Un Homme de Trôo qui poursuit son petit bonhomme de chemin.

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Posté le 26.05.2009 à 13:13
Reconnaîtrez-vous la chanson?
Inespéré
Vous allez dire : « C’est complètement impossible ! » Pourtant cette drôle d’aventure m’est vraiment arrivée. Il y a deux mois, le cadavre de mon épouse a été retrouvé dans une poubelle à deux rues de chez nous. Battue, sauvagement égorgée, ma Lola. On m’a immédiatement soupçonné. Les femelles du canton, celles qui naguère montraient peu de sympathie à Lola se sont  empressées de m’accabler dès sa disparition. La voisine de palier, une vieille décrépite, a témoigné qu’elle pleurait beaucoup de jour comme de nuit. Elle ne pleurait pas, Lola,  elle chantait ! Etait-ce ma faute si elle était dotée d’une petite voix de chat écorché ? Etait-ce ma faute encore si, par malheur, dans l’étreinte elle criait « maman ! » au moment suprême ? Même sa mère, face de guenon,  a clamé que sa pauvre fille n’avait dû avoir aucune chance  face à moi, le costaud en bois dur aux bras puissants. Au diable la féminine engeance qui n’a guère de suite dans les idées !
Je leur ai pourtant dit à la police qu’avec impudeur Lola  adorait s’exhiber à la fenêtre en petite tenue, sans souci du qu’en dira-t-on et qu’il leur fallait plutôt chercher  du côté des pervers en rut d’en face, un centenaire  et un joyeux luron qui la couvaient d’un œil décidé. Mais non, dès le début de l’enquête un policier  lorgnait un endroit précis de la cuisine, un coin de carrelage taché de rouge. J’ai eu beau lui expliquer que Lola s’était blessée en coupant des patates (et comme elle ne faisait pas le ménage…), il est demeuré impassible, certain de ma culpabilité. Quant au correspondant du journal local, un scribouillard qui ne brille ni par le goût ni par l’esprit, lui aussi m’a régulièrement éreinté.
 À moins d’un miracle – « ce serait extraordinaire » soupirais-je – c’était la prison bien close qui m’attendait  et des années à contempler le ciel quelques minutes par jour à travers de larges grilles.
 Alors que, défait,  j’attendais ma mise en examen dans le bureau du magistrat, voilà que surgit tout à coup mon policier, toujours  impassible, bien que porteur d’une nouvelle pour tout dire inespérée. Il tenait le coupable : un pauvre puceau dérangé, pourtant inoffensif, bien connu pour son dandinement vers les robes des commères du quartier. Une pulsion, inexplicable, l’avait amené à trancher le cou de Lola.…
Le juge, je devrais plutôt dire la juge, bel animal que je ne peux nommer ici, m’adressa alors une œillade coquine. Croyez-moi, je n’ai pas hésité à profiter de la chance ! La suite serait délectable car ma nouvelle conquête aux jeux de l’amour vaut son prix. Malheureusement je ne peux pas la dire ici…et c’est regrettable…




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