Posté le 15.12.2007 à 12:53
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Pour sacrifier à la tradition...
Bonsoir papa ! Comment c’était le Père Noël au bureau de maman ? Pas mal, pas mal ! Attends, je te raconte.
On est passés dans un grand couloir tout blanc, même que ça m’a rappelé l’hopital Nord quand on m’a opéré des végétations. Après, on est entrés dans une grande salle sans fenêtres super bien décorée. Tu aurais vu le sapin, et les guirlandes de toutes les couleurs au plafond, les grands rideaux sur un mur, comme au théâtre, et les tables avec des nappes brillantes et plein de bonnes choses dessus !
Y avait pas mal de monde dans la salle, presque que des dames, des collègues à maman sûrement.
Elles m’ont collé plein de bisous baveux, et qu’est-ce que j’ai entendu !
Qu’il a grandi, comme il ressemble à sa maman, il a les yeux de son papa, et gna gna gna et gna gna gna. (Et les culottes de son grand frère, ça, je l’ai pas dit, papa, parce que j’avais promis d’être bien poli.)
J’ai essayé de voir si je pouvais me trouver une copine pour faire la causette. La blondinette en caleçon jaune, elle avait l’air trognon. Seulement, quand je me suis avancé pour lui dire bonjour, elle m’a tiré la langue et s'est cachée dans les jupes de sa mère.
Arrête de rigoler papa, tu me fais perdre le fil.
Ah! oui, y avait aussi un grand garçon sympa qui faisait le disc-jockey. Tout à coup, il arrête la musique et nous annonce l'arrivée d’un personnage très important. Qui, papa ? Le Père Noël. Gagné ! Un grand Père Noël avec des longs cheveux tout blancs sur les épaules et des joues et un nez bien rouges vu qu’il faisait un froid de canard dehors et une chaleur à crever dans la salle.
Il a eu un petit mot gentil pour tout le monde. Il a demandé si on avait été bien sages toute l’année. Tu parles si on allait lui dire le contraire !
Une petite brune est tombée à la renverse quand le Père Noël s’est approché d’elle. Ah ! les filles ! On a bien ri. Et moi j’ai fait une partie de foot avec lui. Tu te rends compte ! C’est pas Zizou, mais il shoote pas mal pour son âge.
Dis papa, ces histoires de Père Noël, ça me turlupine un peu. Pourquoi on le voit partout, le Père Noël ? Dans la rue, dans les magasins, à la télé, à l’école… Ça doit être un PDG avec plein d’employés. Et puis, l’autre jour à l’école, le Père Noël, il avait les mêmes lunettes et les mêmes vilaines chaussures que madame Durand, la directrice, tu sais, celle qui a une grosse voix et des poils au menton. Et en plus, elle était pas là, Madame Durand, paraît qu’elle avait la grippe. Bon, d’accord, j’arrête de me poser des questions.
On a aussi pêché à la ligne pour gagner des petits cadeaux. Moi, la pêche ça me branchait pas trop. En plus, j’avais la dalle parce que maman, à midi, elle m’avait fait manger léger :
—Te bourre pas, t’as pas besoin de dessert. Y aura de la brioche, des papillotes et du jus de fruit cet après-midi ; tu en prendras tant que tu voudras. Vu le prix de ma cotisation au comité d’entreprise, pas question de te priver !
Enfin, on a goûté. C’était très bon. Tiens, j’ai ramené deux papillotes, une pour toi et une pour ma petite sœur, comme vous avez pas pu venir.
Ah ! j’oubliais. Juste comme on finissait de manger, trois messieurs bien habillés sont entrés dans la salle, et les dames ont fait silence, comme si elles avaient peur. Ils ont serré la main à tout le monde, nous ont dit « Amusez-vous bien » et sont repartis. Et les mamans se sont remises à piailler et à rigoler. À mon avis, ça devait être les chefs ou les patrons.
Et puis, comme je commençais à m’ennuyer et à demander à maman quand c’est qu’on allait rentrer à la maison pour regarder la télé, voilà qu’arrive un drôle de type en habit sombre avec des pièces de couleur ou des fleurs cousues partout, j’ai pas bien vu. Il portait un panier et un mini accordéon. Le grand garçon disc-jockey a dit que c’était le conteur. Il s’est assis par terre, pieds nus, devant les grands rideaux. Nous aussi, on s’est assis par terre, en cercle autour de lui, et il nous a raconté des histoires, mais des histoires, papa, comme j’en avais jamais entendu ni à la maison, ni à l’école, et pas du tout comme dans les dessins animés à la télé. D’abord les histoires, cric, crac, il les faisait sortir de son panier et dès qu'il en avait fini une, cric, crac, elle retournait dans le panier, et le conteur nous chantait un petit air en jouant de l’accordéon.
Dis papa, tu savais que les oiseaux faisaient leur arbre de Noël ? Tu savais que le rossignol pouvait pleurer, que la lune, elle aussi, pouvait verser des larmes et que les larmes de la lune faisaient dormir les sorcières ?
Je me rappelle pas tout mais je suis sûr d’y rêver cette nuit et je te raconterai le reste demain matin. Et regarde papa, je l’ai eu mon camion de pompiers ! Il est pas très grand, mais je suis super content. Dis papa, comment il a fait le Père Noël pour savoir que je voulais un camion de pompiers ? J’ai pas encore écrit ma lettre. Tu sais pas ? Moi qui croyais que les papas et les mamans savaient tout !
Enfin tu vois, papa, le Père Noël du bureau de maman, j’avais pas trop envie d’y aller. Mais rien que pour entendre pleurer le rossignol, rien que pour voir les larmes de la lune, ben j’y retournerai l’année prochaine. Et dis maman, ma petite sœur, elle marchera ? Alors, elle pourra venir elle aussi ?

Posté le 04.12.2007 à 12:18
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Les restos du coeur ont ouvert hier. Je repousse mon coup de gueule annuel, même s'il ne fera pas changer grand-chose.
Ah ! Si Coluche n’avait pas existé ! Evidemment, le personnage aurait manqué dans le paysage de la dérision, du comique attentif aux faits de société. Mais si personne n’a réussi à remplacer le bon gros gars au nez rouge et à la salopette rayée, la tradition du rire se perpétue et se renouvelle avec des Boon, des Alévêque et bien d’autres.
Non, le fait important à souligner, c’est que sans l’ami Coluche, la France n’aurait jamais connu cette florissante entreprise qui a pour nom les restos du cœur. Il fallait s’appeler Coluche pour claironner un beau jour de 1985 : « aujourd’hui, on n’a plus le droit d’avoir faim ou d’avoir froid ! » et entraîner derrière soi un bataillon de volontaires prêts à revigorer les oubliés de la société de consommation.
Quelle formidable idée que de donner à ceux qui n’ont plus les moyens d’acheter ! J’ai recueilli le témoignage de l’un d’entre eux, une maman sans travail, seule avec deux enfants. Ecoutez-la :
« Les restos, c’est tout ce qu’il y a de plus sympa ! On nous distribue des provisions ; pas question de se mettre à table comme des vacanciers et de se faire servir un repas tout prêt. Non, les patates, les carottes, on les emporte pour les éplucher et les faire cuire, histoire de garder le cœur à l’ouvrage. Dans quelque temps, je tâcherai de faire des provisions de lait, de farine, de sucre, d’huile – ça, y en a à volonté en général – je mettrai tout ça de côté et le moment venu, avec quelques œufs, je leur ferai des bugnes* à mes gamins : une énorme platée. On mangera peut-être que ça pendant quatre jours, mais au moins mes mômes, ils auront leurs beignets de Carnaval comme tous les autres, et meilleurs que ceux du pâtissier, parce que c’est la recette de ma mère et que je l’ai jamais oubliée.
Bien sûr, faut faire la queue avant de remplir ses sacs, dans le froid bien souvent. Mais c’est pas grave : je mets trois pulls (ils en donnent aussi maintenant au resto), mon gros manteau, deux paires de chaussettes de laine dans mes vieilles bottes, j’enfonce mon bonnet jusqu’aux yeux – diable, je viens pas pour faire des photos de mode – ! Et dans la file, ben, on discute, on fait des connaissances, on rigole même parfois.
Depuis quelque temps, y en a qui se plaignent que c’est devenu compliqué parce qu’il faut prouver qu’on est vraiment dans le besoin. C’était pas comme ça au début, à ce qui paraît. C’est pas bien sorcier pourtant de montrer son papier. Moi, je sors mon décompte des allocs, c’est tout ce que j’ai comme revenu. D’autres montrent leurs allocations chômage – une misère – leur RMI, leur RMA, paraît que ça va encore changer de nom ! J’ai vu un vieux, Papy Mougeot que les autres l’appellent, pas loin de la retraite, qui pleurait presque en dépliant ses fiches de paie : c’est pas honteux d’avoir un petit boulot et de pas pouvoir s’en sortir ? Même ceux qui ont pas de papiers du tout – les étrangers, par exemple – ils repartent avec leurs provisions. Normal, c’est pas parce qu’ils ont le teint basané qu’ils ont pas faim comme les autres.
Depuis un mois, c’est vrai qu’il en arrive plein de nouveaux, des pauvres malheureux qui causent pas un mot de français, et des gens de chez nous avec leur lettre de l’Assedic qui leur dit : « Vous avez assez touché, vous avez plus droit à rien. » C’est honteux, j’espère que la CAF va pas s’y mettre elle aussi !
Les responsables, ils se font du souci ; les prix montent, ceux des pâtes en particulier, les gens donnent moins. Ils ont peur de plus avoir assez de bouffe à distribuer.
Parce que quand même, un endroit comme ça, d’où vous repartez avec un plein sac, sans avoir sorti votre carte bleue, votre carnet de chèques ou deux ou trois billets, vous en connaissez un autre, vous ? Moi, mon chéquier, ma carte bleue, ça fait belle lurette que la banque me les a repris. Et vous avez déjà essayé de passer à la caisse d’une grande surface en disant : « j’ai pas un sou ! »
Les dames et les messieurs de l’accueil, ils sont gentils, souriants ; ils nous reconnaissent, ils demandent des nouvelles des petits, si ça va bien à l’école. C’est bien pour ça qu’on dit « les restos du cœur ! »…Les caissières de magasins, elles sont tellement pressées qu’elles vous regardent même pas !
À Paris, le jour de l’ouverture des restos, ils ont droit à la visite d’un Ministre. Ils en ont de la chance ! Ici, on voit de temps en temps le maire ou un adjoint, plutôt une adjointe : ils nous serrent la main, ça réchauffe. »
Eh oui, la petite PME de Coluche, constituée pour un an, que dis-je pour trois mois d’hiver, entièrement composée de bénévoles, voilà qu’elle existe toujours en 2007 et qu’elle a prospéré ! Chaque hiver la voit accueillir de nouveaux clients. Le bruit court qu’elle va devoir en refouler. Par contre, tout le monde s’accorde à penser qu’elle devrait fonctionner douze mois sur douze.
Saviez-vous qu’au fil des ans, l’association a dû créer « les toits du cœur » pour ceux qui n’arrivent plus à se loger, « les bus du cœur » dans certaines villes pour distribuer boissons chaudes et sandwiches aux SDF de plus en plus nombreux. Et les restos sont devenus de vrais restos où l’on sert des repas chauds parce que, quoi qu’en pense notre brave interviewée, allez donc éplucher des patates et des carottes, les faire cuire et les manger lorsque vous vivez 24h sur 24h dans la rue et dormez sous un carton !
C’était quand même une riche idée qu’il avait eue, l’ami Coluche : monter une entreprise rien qu’avec des bénévoles. Pas de salaires, pas de charges sociales : rien que du cœur…et beaucoup d’huile de coude pour que ceux qui ont un peu ou beaucoup aident ceux qui n’ont presque rien. Il n’avait pas ménagé sa peine, cherchant aides et subventions auprès des pouvoirs publics, de la communauté européenne, sollicitant des dons auprès des particuliers et obtenant même une déduction fiscale pour les généreux bienfaiteurs : il avait bien compris, le bougre, que chez certains le coeur et le porte-monnaie se trouvent dans la même poche.
Enfin, c’est grâce à Coluche et à sa clique d’enfoirés que les Français ont droit tous les ans à un spectacle télévisé qui réunit les petites et grandes vedettes de la chanson, pas nécessairement de la chanson d’ailleurs ! Des acteurs, des présentateurs télé viennent aussi donner de la voix, même s’ils n’en ont pas, parce qu’ils ont du cœur et qu’un peu de publicité ne fait jamais de mal. Et pour ceux qui n’ont pu voir le spectacle, ou qui veulent en conserver un souvenir, on sort un CD, celui du chœur des restos dont le produit des ventes va aux restos du cœur.
S’il revenait le mec à la salopette rayée, que croyez-vous qu’il penserait, dirait, ferait ?
J’hésite entre deux hypothèses :
— aller poser une bombe au Conseil des ministres ou à l’Assemblée Nationale en hurlant : « Bande d’enfoirés, j’avais dit : un hiver ! Mais qu’est ce que vous lui avez fait à ma France ? »
—Retourner à toute allure dans son paradis écrire en sanglotant le plus triste de ses sketches : « c’est la cata, y a plus rien à faire pour arrêter le schmilblick. »
*Bugnes: beignets de Carnaval dans le jargon de St Etienne et de Lyon

Posté le 24.11.2007 à 10:14
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Tu as dû enrager Kariata, verser quelques larmes sans doute, ce mercredi 21 novembre 2007. La police des frontières t’a retenue près de onze heures en zone d’attente à l’aéroport d’Orly. Maligne, la petite dame à la peau noire : prétend qu’elle rentre d’un voyage au Bénin, avec escale au Maroc, exhibe un passeport français portant une photo qui ne lui ressemble pas à 100%. En plus, elle est de parents français d’origine ivoirienne ! Eh, on ne la leur fait pas, à ces fins limiers ! Encore une qui essaie de mettre le pied sur notre belle d’accueil avec de faux papiers.
Tu en as pas mal de papiers avec toi, Kariata : ton livret de famille, des quittances de loyer, d’EDF, de téléphone, ta carte d’identité, ton carnet de santé apportés par parents et amis. Pfft…Trop de preuves tuent la preuve ? À bout d’arguments, tu demandes que l’on appelle un officier des RG de Meaux avec qui tu as travaillé : tu as travaillé deux ans en tant qu’adjointe de sécurité. Il reconnaît ta voix, sans l’ombre d’un doute. On ne te libère pas pour autant. (La confiance règne !) Tu t’inquiètes pour tes trois enfants qui t’attendent à la maison. Surtout que l’on brandit et rebrandit la menace de t’expulser vers le Maroc. Ta famille s’inquiète et alerte SOS racisme. Ton cauchemar se termine jeudi à 1 heure.
Mais aussi, Kariata, avoue que tu as tout fait pour leur compliquer la tâche à ces braves fonctionnaires de la PAF ! Tu n’as pas la peau de Blanche Neige, tu es française, tes parents sont nés en Côte d’Ivoire, tu vas te balader au Bénin, tu reviens par le Maroc. C’est déjà dur à avaler tout ça en ce moment. Enfin, cerise sur le gâteau, tu as grossi de quelques kilos depuis la délivrance de ton passeport. Mais qu’est-ce qui t’a pris? Dans ta situation, cela fait partie des choses à éviter. Que ça te serve de leçon ! Imagine, un banal contrôle d’identité – si l’on peut dire banal vu que l’on contrôle en général au faciès – tu vas encore perdre un temps fou et surtout en faire perdre aux gardiens de l’ordre. Parce que pendant ce temps-là, les vrais détenteurs de faux papiers, les sans papiers du tout, ils courent toujours, et ça, c’est mauvais pour les statistiques de monsieur Brice !
Pardonne-moi, Kariata, de me forcer à blaguer ! C’est toujours ce que je fais quand je ne veux pas qu’on me voie ou m’entende pleurer ! .

Posté le 28.10.2007 à 16:42
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Recueil collectif de nouvelles auquel j'ai participé. Vient de sortir chez IXCEA. http://ixcea.com
21 auteurs traitent chacun à leur manière le thème du temps qui file trop vite, de ses ravages. Quoi qu'on fasse, il passe...
Posté le 27.10.2007 à 18:45
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Ne pleure pas, bébé…Des mots que la mère du petit Aaron n’aura plus l’occasion de lui murmurer à l’oreille. Le 24 octobre au soir, à Bobigny, devant une cage d’ascenseur, un chien pris d’une crise de folie s’est précipité sur lui, l’a mordu au coup, traîné dans le hall du bâtiment. Oncle, voisins présents, jeunes attirés par le bruit ont à grand-peine tenté de faire lâcher prise à l’animal furieux. Aaron, dix-neuf mois, est décédé de ses blessures. Où était son maître-chien de propriétaire pendant ce temps ? Il le mérite, d’ailleurs, ce nom de maître, cet agent de sécurité qui prend si peu de soin de son outil de travail ?
Encore une fois, je crie, je hurle pour qu’aucun autre petit Aaron ne soit victime de la chiennerie des hommes.