Faire partager mes textes, mes coups de
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Posté le 26.10.2007 à 17:50
Ne pleure pas, bébé !
C’est ce qu’ils ont dit, les gendarmes qui ont conduit en centre de rétention un bébé de trois semaines ? Ne pleure pas bébé, on est bien gentils de ne pas te séparer de tes parents, on aurait pu, tu sais ! En plus, on ne te laisse pas à la rue, on t’emmène  au chaud. Et la loi, c’est la loi ! Alors, ne pleure pas bébé !
Heureusement,  un tribunal a jugé ce traitement inhumain et ordonné la remise en liberté de la famille. Heureusement ? Pleurez, braves gens ! Récupérés au centre, père, mère et bébé ont été déposés sur un trottoir où la mère a allaité le petit. Traitement humain ? Par chance, il existe des organisations humanitaires qui n’aiment pas voir les démunis crever de froid dans la rue.  Ne pleure pas bébé, ces gens-là veilleront sur ton sort. Mais combien de temps  réussiront-ils à te protéger ?
Dans les hautes sphères, monsieur Brice veille au grain. Il enrage que les quotas d’expulsions qu’il s’était fixés ne soient pas encore atteints. Alors, en accueillir trois autres de ces individus qui viennent d’ailleurs parce que la misère, l’oppression politique les contraignent à fuir, pas question !
Trois, ce n’est pas beaucoup, madame, mais la famille a tout le temps de s’agrandir.  Et chez ces gens-là, madame, on pond des petits sans réfléchir. Et ce bébé, madame, il va grandir, il va faire des petits, lui aussi, qui en feront d’autres, puis d’autres encore. Et tout ce joli monde brûlera nos bagnoles et mettra à sac nos banlieues, madame…
 
Je ne pleure plus devant ce genre d’histoires, je crie, je hurle, en espérant que d’autres crieront, hurleront avec moi pour que ça n’arrive plus…



Posté le 13.10.2007 à 19:20
Ma cabane au Canada

" L'odeur de la sciure me ramena à un souvenir de ma merveilleuse enfance, oui monsieur, un souvenir lointain, très lointain, mais le seul qui soit encore très vivace. Vous comprendrez qu'il me soit précieux. Donc, tandis que j'observais d'un œil intéressé l'employé occupé à découper une planche à la dimension demandée, l'effluve ambiant réveilla dans ma mémoire l'image de mon père, Renaud, occupé à scier les troncs d'érable ou de sapin devant notre cabane, là-bas au Canada. Je n'avais guère plus de cinq ou six ans et, assis sur un rondin, j'adorais contempler le grand gaillard d'un mètre quatre-vingt dix, dans sa chemise de lainage à gros carreaux, son pantalon de velours côtelé et ses bottes fourrées, tandis qu'il maniait la lame tranchante avec une habileté que je rêvais d'acquérir lorsque j'aurais quelques années de plus. Quelquefois, notre seul voisin, un vieil Indien, venait lui donner un coup de main et le mouvement de va et vient de la scie, le balancement des deux corps appliqués, en avant, en arrière, en avant en arrière, me fascinait.  Une poussière dorée et parfumée suintait des troncs blessés, tombait à terre, ou soulevée par le vent du Nord, s'accrochait aux vêtements, aux cheveux des travailleurs et venait bien souvent s'abattre sur les miens. Je la humai, heureux. Avant de nous laisser entrer pour le repas du soir, ma mère, Line, en tablier de grosse toile et châle de laine noire, nous obligeait en riant à secouer nos affûtiaux. "J'aime bien que vous sentiez le bois sec, disait-elle, mais je n'ai pas de temps à perdre à balayer." C'est vrai que le bois sec embaumait, celui que mon père avait tranché dehors comme celui des bûches qui s'entassaient près de l'âtre ! D'ailleurs tout embaumait dans notre cabane blottie au fond des bois. Le vin chaud qui fumait dans les bols sur la table, les jambons secs pendus au plafond, le feu qui crépitait dans la cheminée, la grosse marmite de cuivre posée dessus où mijotait le fricot..  
On y était si bien dans notre refuge au milieu de la forêt ! On n'était pas riches, les hivers étaient rudes dans ce cher pays où je suis né, mais dans notre cabane engourdie sous la neige, il y avait non seulement la chaleur d'un bon feu mais celle du cœur. Il était vraiment là le bonheur dans notre cabane au Canada.  Ah ! J'oubliais, savez-vous, monsieur, qu'au printemps, il nous arrivait d'apercevoir des écureuils sur le seuil ? "

— Annie, je ne savais pas que ton beau-père était originaire du Canada.
— Du Canada ? Il est né rue Mouffetard !
— Mais… dans le salon… il est en train de raconter à Charles ses souvenirs de…
— Le pauvre vieux, quatre-vingt cinq ans, bon pied, bon œil, mais plus toute sa tête… Chaque fois qu'il accompagne son bricoleur de fils chez Leroy Merlin ou chez Casto, c'est la même chose. Il s'échappe vers le rayon menuiserie et au retour, le voilà qui repart dans son délire, sa cabane au Canada. Ce n'est pas bien méchant. Allez, aide-moi à porter le rôti à la salle à manger. S'il en est arrivé aux écureuils sur le seuil, on est bons, on ne l'entendra plus de la soirée.






Posté le 05.10.2007 à 17:41
Les beaux dimanches, je  m’en suis régalée comme d’un mets rare : doux et sucré à l’entrée en bouche, il se pimente au fur et à mesure de la dégustation. Il vous laisse la bouche en feu mais vous en redemandez. Onze nouvelles, pas assez pour les gourmands ! Et je serais bien incapable de dire laquelle j’ai préférée.

Ces nouvelles, toutes primées à divers concours, ont été rassemblées dans ce recueil publié aux éditions Quadrature:
www.i6doc.com/quadrature

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Posté le 23.09.2007 à 20:52
A l'occasion de la sortie de l'édition 2008 du Petit Robert qui intégre 400 mots nouveaux, dont ceux que vous pourrez repérer (en bleu...)
Coufle 
 
J’ai encore pris au moins cent grammes. Rien d’anormal, c’est ce qui m’arrive chaque année et qui fait que je me porte de mieux en mieux, à ce qu’ils disent. Aucun risque que je ne rentre plus dans ma belle jaquette  parce que de l’exercice, on m’en prévoit suffisamment. Mais cette année, sincèrement, je me sens mal : physiquement ballonné, écoeuré et moralement excédé, prêt à exploser.
Je me calme et j’explique. Il paraît que c’est normal de s’étoffer avec l’âge. J’ai donc au fil du temps absorbé de bon cœur les nombreuses nouveautés dont on m’a nourri.
Élevé aux bonnes vieilles soupes, au cassoulet bien de chez nous – vous sentez cet arôme de poireaux pommes de terre, ce fumet de saucisses haricots ? – je digérais également sans problème le couscous –comme là-bas, dis ! – la paella – et viva l’Espana ! Bon, j’arrête la rigolade, j’en entends déjà qui me traitent de pochetron ! J’ai grignoté des crackers sans rechigner, je me suis ravitaillé sans broncher à la sandwicherie du coin. J’ai craqué pour les nuggets et je me suis régalé avec l’arrivée des brownies. Ah ! les brownies des USA, ce mœlleux, cette saveur chocolatée… je m’en lèche encore les babines. Quant à la cuisine au wok, je m’y suis fait : encore un parfum d’exotisme, de dépaysement. J’ai failli éclater avec la flammkuche. Et voilà maintenant qu’on veut me goinfrer aux enchiladas. Alors là, stop ! Les enchiladas, j’y suis allergique, ça me chauffe jusqu’au zigouioui. En matière de sport, j’ai su évoluer aussi. J’ai commencé avec la marche à pied, la gymnastique, la natation, tout bêtement. On m’a collé sur des terrains de football, de rugby, lancé sur des pistes de ski où j’ai réussi quelques schuss. Pour faire de moi un athlète complet, on m’a initié avec le temps au water-polo, au karaté. L’aquagym m’a énormément détendu. Le jetski, j’en garde des souvenirs de chutes douloureuses. Aujourd’hui, on me met au kitesurf ! Ça commence à bien faire ! De colère, mes dreadlocks (1999 Alain ?)s’agitent comme quand je m’éclate au karaoké. (À quand il remonte celui-là ?) Et je ne vous en cite que quelques-unes des carabistouilles dont on m’a gavé, cette année. Gavé, vous dis-je, comme ces pauvres oies du Périgord. Hé, ho, Alain Rey et compagnie, mettez un frein à vos parties de chasse, à vos velléités de collectionneurs. Allez vous faire soigner, consultez un spécialiste en addictologie! Parce que tout ça pour quoi finalement. ? Pour faire mieux que La Rousse. Je ne sais pas ce qu’elle en pense, elle, du gavage annuel : mon nouveau système de géolocalisation est en panne, j’ai perdu sa trace à La Rousse. Mais vous savez ce qu’il dit le petit Robert, à ses foutus géniteurs ? Qu’il n’en peut plus, qu’il est Coufle* ! Ah ! tu ne connais pas ce mot, Alain ? C’est du gaga, du patois stéphanois. Tiens, c’est cadeau pour l’édition 2009, à condition que tu te limites à celui-là, parce que si tu pousses encore jusqu’à 400, je la fais péter ma jaquette !
 
 *Coufle: en gaga, qui n'en peut plus parce qu'il a trop mangé!
 



Posté le 27.08.2007 à 12:18
Malodore
 
J’écoutais distraitement la radio, j’ai cru à un gag, j’ai dû hausser les épaules et sourire. En lisant mon journal ce matin, je n’en croyais pas mes yeux. Je n’ai pas pu terminer mon café qui avait tout à coup pris un goût amer.
Qui n’a pas un jour ou l’autre utilisé un de ces répulsifs destinés à éloigner des indésirables ? Une bombe ou une crème contre les moustiques ou les guêpes,  par exemple, parce que ces insectes-là, ça pique méchamment et que, ma foi, c’est extrêmement désagréable, en particulier lorsqu’on est ou devient allergique à leur piqûre.
Un spray pour faire fuir les blattes et les cafards : j’ai des souvenirs d’un studio parisien pourtant coquet et bien agencé où l’on entrait le matin en tremblant dans la salle de bains, guettant les saletés dorées qui ne manqueraient pas de décorer le fond de la baignoire, où toutes les provisions étaient stockées dans des boîtes de fer hermétiquement fermées de peur de trouver un indésirable dans un paquet de pâtes ou de biscuits. Un an à dépenser une fortune en bombes vertes pour éloigner les intrus. Mais je m’égare, ma vie, ce sera pour une autre fois. Nos agriculteurs eux aussi utilisent bien force produits pour empêcher les bestioles de bouffer leurs cultures. Et les mites, tiens, je les oubliais, celles-là, c’est tout à fait légitime de les empêcher de grignoter nos lainages.
Mais pour en venir au fait, dans la bonne ville d’Argenteuil – bonne, vous en jugerez – ce ne sont ni les moustiques ni les blattes qui, apparemment, gênent le plus la municipalité. Si on a pulvérisé certains lieux publics en juillet – pourquoi on ne nous en parle que fin août de cette histoire ? –  avec du Malodore (sans publicité aucune, bien évidemment), un spray répulsif nauséabond, c’est pour en éloigner… je vous le donne en mille, les SDF !
 Ben quoi, c’est répugnant ces gens qui squattent les sorties de secours des grands magasins, ça défigure le centre ville, ça fait désordre ! Non seulement SDF mais SDH, Sans Dignité Humaine pour s’exposer ainsi assis par terre aux yeux des respectables citoyens. Les agents municipaux chargés d’exécuter la tâche ont refusé de le faire, pas seulement parce qu’on leur a expliqué le but de l’opération mais aussi parce qu’ils ont été effrayés par  les mises en garde imprimées sur le carton du produit, ne laissant pas de doute quant à sa dangerosité. Les salariés du plus grand centre commercial de la ville n’ont pas eu de scrupules, eux,  à asperger une voie d’accès de secours. Un couple de sans abri en a fait les frais, obligé de fuir, gorge irritée et yeux douloureux ; mais n’ayant pas d’autre solution, il a réintégré son « logis » quelques jours plus tard.
Et si l’un d’eux avait été pris de malaise, on aurait fait quelque chose ? Allez savoir, ils n’avaient sûrement  pas de CMU ces SDF !  Quelle imagination, quelle inhumanité chez un élu, et en 2007 ! Ça fait froid dans le dos ! Espérons que la médiatisation de ce fait-divers empêchera le renouvellement de l’expérience à Argenteuil, et n’inspirera pas d’idées saugrenues à d’autres ! Il m’en vient à moi de ces idées saugrenues.
Ce Malodore, après tout, il n’y aurait pas moyen de corser un peu la formule, de pulvériser abondamment toutes nos frontières par hélicoptères pour empêcher l’invasion des clandestins ? Ça reviendrait sûrement moins cher que de les rechercher une fois qu’ils sont sur le territoire, de les nourrir en camps de rétention, de les expulser manu militari par charters. (Surtout que maintenant nos braves policiers accompagnateurs se font tabasser à l’arrivée dans le pays d’origine !)
Mais en toute sincérité, mon vœu le plus cher, ce serait de voir nos chercheurs mettre au point rapidement un spray anti-connerie 100% efficace. On ne l’utiliserait  évidemment que pour nos hommes politiques – il y a tellement à faire de ce côté-là ! – et puis, vouloir éradiquer toute la connerie humaine… faut pas rêver !
 
Source : Journal Le Parisien Aujourd’hui en France du samedi 25 août 2007 et infons télévisées et radiodiffusées... parce qu'on n'a pas fini d'en parler...





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