Posté le 15.07.2007 à 12:04
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Ah ! tu parles d’un 14 juillet ! Le matin, défilé militaire. Je suis depuis toujours antimilitariste, mais enfin comme d’habitude, j’en ai regardé un petit morceau à la télé. Chaque fois ça me rappelle mes toutes jeunes années lorsque en mai, pour la fête de la jeunesse, tous les enfants des écoles primaires remontaient la grande rue de Saint- Etienne jusqu’au vélodrome. Ma classe répétait dans la cour pendant une bonne semaine sous la houlette de mademoiselle Joubert, maîtresse du CM2 : « au pas, une deux, une deux … » Quelle partie de rigolade !
Bref, pour en revenir aux Champs Elysées, certaines interviews précédant la cérémonie valaient leur pesant d’or, ou plutôt de sottise. Christine Boutin, fringuée comme la mère Denis, bouille illuminée, s’est lancée dans un éloge du Président qui avait même commandé le soleil pour l’occasion. Ben ma foi, qu’il le commande pour le reste de l’été, ça fera le bonheur des vacanciers, des hôteliers, des restaurateurs et tutti quanti ! Rachida Dati, tout de rouge vêtue – Olé, torero – toutes dents dehors, mais visiblement mal à l’aise a bredouillé que le 14 juillet c’était… une belle fête, ou quelque chose d’aussi insipide. C’est vrai qu’on n’aimerait pas être à sa place en ce moment : Ministre de la Justice, avec deux frères inquiétés pour trafic de drogue dont un récidiviste, ça fait deux sacrées casseroles à traîner, sans compter sa réputation de véritable tortionnaire vis-à-vis de ses collaborateurs. C’est plus des casseroles, c’est des cocottes minute, gare à l’explosion ! Christine Lagarde avait troqué sa tenue de bonne sœur en civil et sa mine constipée contre un tailleur rose mauve, et patatras, ça ne lui a pas réussi, elle aussi a lâché sa bourde : elle a claironné que cette fois, elle serait au premier rang et que ce n’était pas du luxe depuis le temps qu’elle assistait au défilé bien cachée à l’arrière. Je ne sais pas si les journalistes ont fait dire un mot à Michèle Alliot -Marie, mais ce que j’ai remarqué, moi, c’est que bien qu’elle ait laissé son pantalon dans les vestiaires de l’armée, même en jupe, elle a toujours l’air d’un mec.
Pour en revenir au défilé, on a d’abord aperçu Nicolas qui rentrait précipitamment à L’Élysée pour en ressortir peu après et monter en voiture en direction des Champs. Dites-moi un peu où il avait passé la nuit, celui-là ? Soit il habite ailleurs parce que l’Élysée ce n’est pas assez bien pour lui, soit il avait découché. Enfin, puisqu’il n’était pas en retard, cela ne nous regarde pas, n’est-ce pas ?** Changement de voiture, le voilà debout dans une sorte de char, à côté du général Machin, bien droit, tête haute : on a dû mettre un tabouret sous ses pieds pour que tout le monde l’aperçoive bien, à moins qu’il ait été debout sur le siège. Quel drame d’être si petit, et bas du cul en plus ! Voila-t-y pas qu’en marchant en direction de sa tribune, il envoie un baiser à… on n’a pas vu, à sa douce, espérons-le !
Comme je vous l’ai dit, je m’en suis tenue au début : belle musique, on avait même invité les petits chanteurs à La Croix de Bois pour chanter la Marseillaise, manquaient que Jugnot et ses choristes. Mais au moins, les musiciens qui font le spectacle le 14 juillet ne viennent pas pour faire la promo de leur dernier CD ou de leur prochaine tournée de gala.
Je suis partie vaquer à des opérations plus productives parce que voir défiler toutes nos troupes, plus les vingt-six armées européennes, c’était vraiment au-dessus de mes forces. Si encore les vingt-six, on les avait autorisées à marcher comme dans leur pays, au lieu de leur imposer le pas de chez nous, ç’aurait pu être drôle ; un peu de folklore, on n’est pas contre. Mais non, l’Europe avait obligation de régler son pas sur celui de la France. Bêtement je croyais que c’était plutôt l’inverse.
Je passe sur la garden party où Sarko avait invité les victimes, les obscurs marqués par une grande souffrance. Quel grand cœur ! Comme je n’avais pas reçu d’invitation, je considère que je suis heureuse. Vous n’avez pas été invités non plus, vous ne connaissez pas votre bonheur, vous êtes heureux !
Je termine. La télé diffuse en ce moment les images du Président présentant ses ministres sur le perron de l’Élysée et déclarant à Cécilia et Judith qu’elles sont très belles. Merci pour les autres qui sont à côté. Et voilà Bachelot qui se dit émue, ça lui a pris « la tête, le cœur, les tripes… » Tiens, cet été, si vous avez le temps, essayez donc une nouvelle recette, les tripes à la Roselyne, une pincée de sport, un soupçon de santé, et de larges doses de stupidité, vous m’en direz des nouvelles !
Quel cirque ! Pinder et Bouglione n’ont plus qu’à bien se tenir, y a de la concurrence !
J’avais dit que je terminais. Impossible : fin de soirée, comme je préfère les bains de foule devant mon écran télé plutôt qu’en live, j’ai jeté un œil au concert de Polnareff au Champ de Mars. J’aime bien Polnareff, ma jeunesse toujours ! Il était encore là ! Qui ? Nicolas, bien sûr !
Du coup, c’était moi la poupée qui faisait : « Non, non non, non non… "
* *Un lecteur averti – que je remercie vivement –me signale que Nicolas Sarkozy n'habite pas encore à l'Elysée. J'avoue à ma grande honte que ce détail m'avait échappé. De toute façon, pourquoi il ne fait rien comme les autres celui-là, il devrait déjà y loger à l Elysée. Il fait faire des travaux, il fait changer les meubles, les lieux ne conviennent pas à madame?
Posté le 13.07.2007 à 15:40
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La tyrannie des seniors
Alors que les médias nous abreuvent d’informations alarmantes à propos du réchauffement de la planète, du trou de la sécu, des nombreux voyages et coups d'éclat de notre nouveau monarque, il semblerait que nous soyons tous menacés, pire déjà touchés, par un fléau d’une plus grande ampleur : la tyrannie des seniors. Il ne se passe pas un jour sans qu’un petit incident, soit au marché, soit chez un commerçant ou dans les transports en commun, ne me rappelle un article de mon quotidien régional (La Tribune le Progrès du 24 janvier 2006) qui m’avait alertée sur ce mal grandissant. Que disait-il cet article ?
Que le caractère de la personne évolue avec l’âge – ça, nous en sommes tous conscients – mais qu’il évoluerait dans des proportions considérables dans le sens de l’impatience, de l’égoïsme, de l’autoritarisme, de l’agressivité.
Qui seraient les principales victimes ? Les conjoints, au premier chef. : « Baisse le son de la télé, j’suis pas sourde ! Ferme la fenêtre, tu veux me faire crever ! Tu m’énerves, tu m’énerves, comment ai-je pu te supporter pendant toutes ces années, c’est de ta faute si ma tension ne cesse de grimper ! »*
Au second rang, viendraient les enfants, quadras ou quinquas, ou plus : maman ou papa ne cesse de les critiquer, de les abreuver de récriminations, pire, de faire du chantage à l’héritage. « Tes gamins sont mal élevés, ils se lèvent de table sans permission ! Ta femme a fait des brocolis : tu sais bien que je ne les digère pas, elle le fait exprès, de toute façon, elle me déteste ! Tu aurais pu mettre une cravate, quand même, pour Noël ! Ça ressemble à quoi ce pull bariolé, tu n’as plus vingt ans et en plus, tu as du ventre ! Dis donc Françoise, tu étais blonde la semaine passée, si tu continues avec tes teintures, tu vas finir chauve ! C’est bon, c’est bon, vous ne voulez pas m’emmener en vacances avec vous, eh bien, à ma mort, ce qui ne saurait tarder, vu le chagrin que vous me causez tous, je donnerai tout aux bonnes œuvres, vous n’aurez rien de rien ! »*
À défaut de famille à harceler, toujours d’après l’article en question, les seniors s’en prendraient à leurs aides ménagères et auxiliaires de vie. Dame, faut bien se défouler sur quelqu’un. ! Le phénomène aurait pris une telle ampleur qu’il serait nécessaire de créer des groupes de paroles pour aider les victimes des harceleurs seniors à dédramatiser : apprendre à supporter ces récriminations ou vexations permanentes, et surtout le plus frustrant, l’absence de mots gentils marquant un semblant de gratitude.
Cet article m’avait donné à réfléchir. C’est vrai que j’ai moi-même souvent pesté contre ces mamies en train d’hésiter chez le boulanger pâtissier entre un mille-feuilles, un chou à la crème ou une tartelette quand, sortant du travail, j’avais deux minutes vers midi pour acheter ma baguette et courir à l’école récupérer les petites ! Je les ai souvent vus à l’œuvre, je les vois toujours, ces dignes représentants du troisième âge, tentant de resquiller dans une file d’attente à une caisse de grande surface, suant et soufflant dans un tramway et fusillant du regard le jeune installé à une place assise, le jeune qui gêne avec son énorme sac à dos. Désolée, le jeune qui s’est levé à 6 h du matin, a supporté huit heures cours ou plus, a bien mérité sa place assise. D’ailleurs, qu’est-ce qu’il fait dans le tram, le senior, aux heures de pointe ? Et le grand-père qui traverse en dehors des clous, ou se précipite quand le feu est vert en brandissant sa canne en direction de votre voiture, quand il ne frappe pas sur le capot ou la portière ? Ça ne vous a jamais donné envie... de ne pas freiner ?
Bon, c’est vrai, on devient peut-être plus difficile à vivre avec l’âge. Et les raisons en sont multiples : la solitude, l’ennui, la fatigue, le sentiment que tout change et va un peu trop vite alors que l’individu se sent lui-même un peu ralenti…
Mais heureusement, beaucoup échappent à ce fléau. Alors même si ce matin un veux grigou s’est plaint qu’on le faisait attendre chez le marchand de journaux, même si une mamie mal embouchée a incendié une jeune maman qui faisait le marché avec sa poussette – et alors, bébé, il a le droit de venir au marché, de voir du monde, non , oi bien il faut le laisser tout seul à la maison enchaîné au radiateur? – j’aimerais rajouter un couplet, non exhaustif, sur la bonhomie, la gentillesse, le dévouement de certains seniors. Parler de ces braves grands-parents qui vont chercher les petits à la sortie de l’école, qui les gardent avec amour le week-end lorsque les parents vont faire la fête, qui les chouchoutent pendant les vacances d’été, d’hiver, pendant que papa et maman travaillent. De ces grands-pères, grands-mères de substitution qui, faute de petits enfants, se prennent d’affection pour un petit voisin, une petite voisine qui le leur rend bien ! Quant aux aides ménagères, beaucoup sont devenues de vrais amies pour les esseulés qu’elle viennent aider deux ou trois jours par semaine et pour qui leur passge est une petite fête: « Madame Durand, ou plutôt, Monique, Françoise, faites-nous un bon café, sortez les biscuits et asseyez-vous avec moi. Tant pis pour le ménage aujourd’hui ! J’ai juste envie de bavarder un peu. Allez, racontez-moi, votre grand, comment ça va à l’école ? Et votre mari, ça s’arrange dans son entreprise ? » C’est de la tyrannie, ça ? Un dernier mot sur tous les seniors bénévoles dans le milieu associatif. Sans eux, bien des associations mettraient la clé sous la porte.
Mais au fait, à quel âge exactement est-on catalogué senior?Cinquante ans, soixante ans, plus ? Ou ne serait-ce qu’un état d’esprit ? Il faut que je vous laisse, hélas, sans conclure parce qu’il est l’heure pour moi de téléphoner à mes filles à Paris. Un rite : une fois par semaine, quelque fois deux. Mon Dieu, peut-être que c’est trop, que ça tourne au harcèlement ? Elles se sont peut-être inscrites à un groupe de paroles ? J’angoisse, je n’ose plus appeler…
* Ces exemples sont de mon cru.

Posté le 13.07.2007 à 15:00
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Moi et l’ouïe !
Le salon retentit des commentaires enfiévrés de Thierry Gilardi et Jean Michel Larqué et de ceux, non moins sonores, du père de famille, avachi sur le canapé, l’œil rivé à l’écran de la télé. Dans les chambres des filles, c’est à qui l’emportera des hurlements de Shakira ou des cris d’orfraie de la bande de la StarAC. Assise dans mon lit, je tente désespérément de me concentrer sur les derniers chapitres du roman que j’ai commencé en début de semaine. Bon sang, il y a vraiment des moments dans cette maison où j’aimerais être sourde…
***
J’ouvre un œil et aperçois les chiffres rouges du radio réveil : 9h30. Grands dieux, il n’a pas sonné ? Tout le monde est parti sans me sortir du lit ce matin ? C’est vrai, ce que je suis bête, j’ai pris un jour de congé.
J’appuie sur le bouton de la mini radio de la salle de bains et distingue une vague rumeur. Les piles ont encore besoin d’être remplacées, je verrai ça plus tard. Je paresse sous la douche avec d’autant plus de plaisir que le jet émet aujourd’hui un chuintement des plus reposants. La pression doit être plus faible que d’ordinaire…
Café, toasts, je porte mon plateau devant la télé. J’ai beau appuyer désespérément sur le bouton+ de la télécommande, les bouches des personnages qui s’agitent sur l’écran s’obstinent à s’ouvrir, se tordre, se fermer…dans le plus grand silence. Ce n’est pourtant pas l’heure de Videogag ! Et le même phénomène affecte mes six chaînes. Encore une panne de son comme samedi dernier? Peu importe, l’essentiel est que tout rentre dans l’ordre d’ici ce soir, sinon gare à la soupe à la grimace du père privé d’informations, des filles privées de leur série américaine.
Pour l’instant, j’ai un coup de fil urgent à passer. Je compose le numéro de mon dentiste, me préparant à réprimer mon fou rire coutumier : sa secrétaire a pour habitude de hurler comme un hussard de la garde. En fait de sonnerie, je perçois un tintement proche de celui du diapason et après quelques secondes, au bout du fil, des borborygmes étouffés qui me font reposer dare dare le combiné. Décidément, tout va de travers aujourd’hui.
L’inquiétude me saisit, le sentiment curieux qu’il se passe quelque chose d’anormal.
C’est vrai que la maison semble étrangement calme ce matin. Qu’est-il arrivé au bébé du troisième qui pleure vingt-quatre heures sur vingt-quatre ou presque ? Le père aurait pris le coup de sang et l’aurait étouffé ? Il ne serait pas le premier… Qu’est-il est arrivé à l’ascenseur qui marque son passage à chaque palier en grinçant comme une vieille locomotive ? En panne, une paie que ça ne lui était pas arrivé ! J’ouvre la porte dans l’intention de vérifier le fonctionnement de l’appareil et me trouve nez à nez avec un livreur de La Redoute qui me regarde d’un air réjoui en me tendant un paquet. Et alors, il n’a pas eu le temps de sonner ? La porte s’est ouverte par miracle ?… C’est une raison pour sourire bêtement et m’abreuver d’aboiements enroués que je n’arrive pas à décrypter ? S’il souffre d’une extinction de voix, qu’il s’économise !
Enfin, le benêt s’engouffre dans la cage de l’ascenseur qui démarre… sans le moindre bruit ! Il y a de la sorcellerie dans l’air !
Je plaque quelque accords sur le piano : les touches s’enfoncent, muettes, sous mes doigts furieux. J’empoigne le saxo de mon mari et souffle de toutes mes forces : un léger, léger pet –un de ceux qui ne se remarquent même pas en société – s’échappe de l’embouchure.
J’ouvre la fenêtre : les voitures qui dévalent d’ordinaire l’avenue dans un concert de klaxons, de pots d’échappement, de grincements de freins défilent ce matin dans un doux ronronnement.
Idiote ! J’ai peut-être mis des boules Quies, hier soir ? Une rapide et vaine exploration de mes oreilles ne fait qu’accroître ma panique.
J’ai l’horrible impression qu’une chape d’ouate est en train de m’envelopper de la tête aux pieds, qu’elle va me couper de tout contact avec le monde extérieur, m’étouffer peut-être. Je hurle un « au secours ! » désespéré.
***
— Ça ne va pas ? Réveille-toi !
Penché au-dessus de moi, Marc me secoue, l’air inquiet.
— Un rêve idiot. Rendors-toi.
Quelques secondes plus tard, un ronflement sonore tout près de mon oreille gauche me procure une indicible satisfaction : tout va bien, cette nuit, je ne lui pincerai pas le nez, je l’autorise à ronfler tout son saoul, je les bénis ses ronflements !
Posté le 08.07.2007 à 19:09
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À la vue, à la mort Françoise Guérin
Prix du premier Roman Festival de Cognac 2007
Editions du Masque
Amateurs de polars, vous ne pourrez que vous régaler ! On s’attache à la personnalité de Lanester, profileur qui perd brutalement la vue sur une scène de crime. Il y a de quoi : une victime énnuclée, un œil noir peint au plafond au-dessus du corps ensanglanté. Et Caïn, le mystérieux meurtrier récidive. Et Lanester ne lâche pas l’enquête en dépit des difficultés qu’il rencontre. Ce voyage au sein de la nuit du crime, de la sienne aussi, lui permettra de trouver des réponses à ses interrogations existentielles.
Posté le 02.07.2007 à 11:01
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Conte d’aujourd’hui
C’était un beau roman, une belle histoire, une romance d’autrefois qui se termine aujourd’hui tristement dans le brouillard. Elle a eu pour cadre le petit royaume de Saussialie, à deux pas de chez nous. À sa tête régnait le roi Benoît, heureusement secondé par la reine Madeleine. Tous deux se connaissaient depuis leurs vingt ans, avaient fait les mêmes études, partageaient les mêmes valeurs, le même souci du bien être de leur sujets. Benoît était considéré comme un bon souverain. Madeleine avait su concilier ses multiples engagements avec une existence de femme aimante et de mère attentive. Quatre beaux enfants étaient venus agrandir la famille au sein de laquelle, aux yeux de leurs proches, à savoir leurs nombreux courtisans et conseillers, régnait un bonheur sans nuage. Las, la cinquantaine venue, les enfants élevés, on ne sait quelle mouche vint piquer la reine Madeleine chez qui grandit jour à près jour une ambition démesurée. Il apparut clairement que la coquine souhaitait s’emparer du pouvoir, détrôner son époux. Benoît, placide, s’efforçait d’ignorer les curieuses sautes d’humeur de sa compagne. Lui offrait-il une rose rouge – de celles qu’elle avait toujours aimées, comme lui – elle l’écrasait rageusement au sol, réclamant des fleurs bleues, pour changer. Des bruits commencèrent à courir. Madeleine, soudain coquette, relookée à la manière d’un top model, aurait pris pour amant le jeune comte Alain Descenbourg. Benoît, dont les bonnes grosses joues colorées commençaient à pâlir, las de déambuler en solitaire dans les couloirs du palais aurait trouvé consolation dans le lit d’une journaliste. Les soupçons s’installèrent, se confirmèrent, les querelles se multiplièrent. Après une soirée de discussions qui les laissa tous deux exténués, le couple décida de se séparer. L’entourage fut frappé de consternation.
Il faut savoir qu’en Saussialie, le souverain est traditionnellement élu par les courtisans. S’il ne commet pas d’énormes bévues, il peut rester sur le trône dix ans, voire plus. La mésentente de Madeleine et de Benoît, tant au plan affectif qu’à celui de l’exercice du pouvoir donna à réfléchir à la cour. Toutes ces prises de position contradictoires, par médias interposés, cela faisait vraiment désordre vis-à-vis du peuple, sans parler des pays étrangers auprès desquels la Saussialie risquait de perdre de sa crédibilité. De plus, un des enfants n’avait-il pas ouvertement pris fait et cause pour sa mère ? C’en était trop ! Il était clair qu’il fallait organiser des élections et faire le BON choix. Les candidats ne manquaient pas, le comte Cassius et le baron Dehescats, entre autres, lorgnaient depuis longtemps la place. Mais il importait d’éviter à tout prix le renouvellement de ces fâcheuses rivalités familiales. Il n’y avait pas trente-six solutions, on n’allait tout de même pas mettre un ecclésiastique à la tête du pays ! C’est ainsi qu’à l’issue du vote des courtisans, Madeleine, furieuse et Benoît, marri, n’obtinrent aucune voix et que le baron Bernard Dunoé s’installa sur le trône de la Saussialie. Affaire à suivre.