On pourra me rencontrer ce samedi 12 avril de 15h à 18h à la librairie Cultura de Givors (69) où je présenterai Un Homme de Trôo, roman coécrit avec Jean-Noël Lewandowski. Le roman prend un nouveau départ après son passage au salon du livre de Paris.
Un texte écrit à partir d'une première phrase imposée.
La course en sac
"Des crissements aigus, des sons mats dominaient la terrible rumeur en un écho fractal." Ils étaient une centaine rassemblés autour terrain de tennis violemment éclairé par la lumière crue des projecteurs. L’alcool échauffait les esprits. Encouragements, railleries, injures proférés à mi-voix s’enchaînaient en un sinistre ronronnement troué à intervalles réguliers par les hurlements des plus avinés : « Cours, nullité ! Cours, animal ! ». Parfois un roulement de tambour, un coup de sifflet retentissait lorsque le coureur ralentissait l’allure, faisait mine de s’arrêter pour souffler.
Pierre venait de prendre le départ, propulsé par un solide coup de pied aux fesses d’un des meneurs. Le parcours avait été soigneusement agrémenté de branches épineuses, de caillasses acérées. Pas question de les éviter, de se rapprocher du centre du champ de course où la pelouse était demeurée lisse et vierge de tout obstacle. Au moindre écart, Stéphane, le meneur en chef hurlait la sanction : dix tours de plus ajoutés aux quatre-vingts déjà imposés.
Un tour, deux tours, quinze tours, Pierre tenait le rythme. Il se remémora les paroles de son père sur le quai de la gare : « Tu verras, les premiers jours seront difficiles, mais tout ira bien après. Crois moi, j’ai de bons souvenirs. ». Puis il s’efforça de d’évacuer la honte, de se contenter de courir, le regard fixé droit devant lui. Si seulement il avait pu se boucher les oreilles, ne plus entendre ce bruit de fond angoissant, la voix qui comptait, inexorablement! Il buta sur une branche morte. Des rires montèrent parmi les spectateurs accrochés au grillage. Deux tours plus tard, son pied gauche rencontra un tesson de bouteille. La douleur lui arracha un cri, qui passa inaperçu. Il continua en boitillant, puis à cloche-pied.
Soixante-dix cracha la voix engluée de bière et de fumée du préposé au haut parleur. Si près du but, il n’allait pas flancher. Il banda ses muscles, sa volonté. Échapper aux corvées humiliantes, ne pas faire partie de la clique des esclaves des anciens, pouvoir étudier en paix, être accepté à part entière, c’étaient les enjeux de l’épreuve. Il ne pouvait pas se permettre d’échouer, comme Sylvain qui s’était écroulé à quarante tours, que l’on avait évacué dans la brouette ambulance, sous les huées.
Minuit sonnait dans la villa où monsieur le directeur – qui savait évidemment mais tolérait – dormait du sommeil du juste lorsque Pierre termina son dernier tour et tomba à genoux devant le grand meneur. La sueur dégoulinait de son corps nu. Des filets de sang s’échappaient de ses pieds. Deux anciens le relevèrent, le débarrassèrent du sac de jute qu’on lui avait jeté sur les épaules avant le départ et noué autour du cou avec une méchante ficelle. Ils lui passèrent le long tee-shirt aux couleurs de la prestigieuse Grande École des Techniques Avancées. Le sac s’en alla vêtir le prochain concurrent. « Tu es des nôtres, prononça solennellement Stéphane en lui décochant une bourrade. Intégration réussie. Bois un coup ! Et au suivant. »



Je serai présente au salon du livre de Paris le vendredi 14 mars de 10h à 19h avec les éditions PLE (Pietra Liuzzo éditions) stand E12, où j'aurai le plaisir de présenter Un Homme de Trôo, roman coécrit avec Jean-Noël Lewandowski.

En traversant le jardin des Utopies
Pour rentrer chez moi – j'habite en centre ville – il m'arrive de traverser un beau jardin public baptisé par notre municipalité Jardin des Utopies. Je ne saurais vous dire pourquoi. Peut-être parce que cela relevait de l’utopie d’y placer en plein air des statues africaines qui, magnifiques lorsqu’elles étaient neuves – je pensais qu’elles étaient en bronze ! –, sont en train de se transformer en grandes tiges de papier mâché. Peut-être parce que pas mal de collégiens et lycéens y viennent deux par deux y rêver à l’avenir… entre autres choses –
Bref, cet après-midi-là, alors que revenant d' une grande surface qui fêtait son anniversaire à grands coups de promos et de tickets à gratter – je n'ai rien gagné – je remarquais combien la végétation s'était étoffée – ledit jardin n'a que deux ans d'âge – j'admirais les arbrisseaux déjà parés de leurs couleurs automnales, mélanges d'orange, de rouge et d'or, voilà que tout à coup j'aperçois une paire de jambes dépassant d'un massif touffu. Jeans, baskets, rien ne semble frémir. Mon dieu, me dis-je, un brave garçon a pris un malaise ! J'envisage même une agression : Crime aux Jardin des Utopies, à la une du canard local du lendemain matin ! Ce que c'est que de dévorer des polars ! Je m'approche ... pour découvrir un corps d'ado bel et bien en vie, allongé sur celui d'une demoiselle qui m'avait tout l'air de frétiller d'aise. "Faut pas s'gêner", ai-je murmuré en étouffant de rire. J'ai repris ma route, incapable de réprimer mon hilarité. Ceux qui m'ont croisée vers 17h30 ce jour-là ont dû me prendre pour une illuminée !

