Comme moi, vous aimez les forums ? C’est en effet un réel plaisir d’échanger sur ses sujets de prédilection, de s’y créer des affinités, des amitiés. Je fréquente essentiellement les forums littéraires et en gère un. Je ne parlerai donc que de ce que je connais.
Il est une espèce qui tend à s’y développer et que j’appellerai, faute de mieux, le parasite de forum.
Il se faufile en rampant prudemment, commence par semer quelques commentaires pertinents ou anodins, puis rapidement prend de l’assurance, et déploie son artillerie, envahissant l’ensemble des rubriques et les polluant de ses interventions intempestives.
Il a des opinions bien tranchées et n’admet pas la contradiction. Laisse-t-on échapper une faute d’orthographe, de frappe, il la relève sans délai et l’accompagne d’une lourde plaisanterie. Si lui en laisse passer une, ou quelques-unes, qu’on lui fait remarquer gentiment, il grimpe sur ses grands chevaux, rétorque que c’est l’inspiration, l’âme du texte qui prime et accuse l’outrecuidant correcteur de se poser en maître d’école ou en professeur. On monte un projet, un groupe de participants enthousiastes se forme, travaille avec bonheur en suivant les règles établies. Que croyez-vous qu’il arrive ? Le parasite s’infiltre, sème la zizanie, fustige les principes de fonctionnement. Las de polémiquer, d’être sans cesses interrompus, les adeptes du projet baissent les bras et la belle initiative s’envole en fumée.
On lance un jeu d’écriture, sans prétention aucune, en précisant bien que ce n’est qu’un jeu, qu’il n’y a pas de prix à gagner, que l’on soumet en toute simplicité son texte au vote des forumeurs. Voilà que le pou réclame haut et fort des règles strictes, met en doute l’impartialité de l’administrateur qui reçoit les textes, les anonyme, les met en ligne.
Le parasite par ailleurs se pique d’humour, un humour si particulier qu’il ne fait rire que lui : jeux de mots vaseux, accumulation de smileys, j’en passe et des meilleurs…
C’est aussi un enragé des concours. Il les connaît tous, les fait ou les a tous faits dans le passé. Pour peu qu’il soit lauréat, il vous balance le palmarès en lettres de 50cm. Diable, au cas où l’on ne verrait pas son nom ! S’il pouvait accrocher à sa veste tous les prix, accessits reçus comme un militaire ses médailles, on aurait droit en guise d’avatar à une splendide photo du parasite en grand uniforme !
Enfin, pour passer le temps, il répond lui-même à ses messages, une fois, deux fois trois fois.
Faites gentiment et en privé remarquer à l’envahisseur qu’il devrait mettre la pédale douce, il appuie sur l’accélérateur, criant à la censure. Passez un petit coup d’insecticide, il résiste, le bougre ! À demi- anesthésié sous un pseudo, il revient sous un nouveau, quand ce n’est pas un troisième !
Vous qui forumez, en littérature ou ailleurs, vous en connaissez sûrement de ces pédants, prétentieux, enquiquineurs, empêcheurs de tourner en rond ? Rassurez-moi, ce n’est pas une spécificité des forums littéraires ?
Et pour conclure, ma foi, au lieu de mener une guerre d’usure qui n’use en fait que celui qui la mène et pas l’ennemi, la meilleure tactique, c’est sans doute d’ignorer le parasite. À force de piquer dans le vide, il finira peut-être par disparaître.

Si vous aimez les romans policiers, si vous avez dix petits euros à dépenser (si vous ne les avez pas, économisez-les!), ce polar dont l'action se passe à Saint-Etienne les vaut largement. C'est le second ouvrage d'un auteur du coin qui est en train de tailler sa place dans la cour des grands.
Le dépôt d'un brocanteur incendié apparemment sans raison, le meurtre d'une vieille dame dans une maison de retraite, un candidat frontiste qui se démène curieusement à la veille des cantonales, quel est le lien entre ces évènements? Le capitaine Séverine, policier éminemment sympathique, dénouera peu à peu les fils: une histoire lointaine (dans le lieu et le temps, trente ans auparavant au Chili) ressurgit et sème le trouble dans la cité ligérienne.
En vente dans toutes les bonnes librairies.
Ma grande sœur veut mon bonheur
"Tu viens déjeuner à la maison dimanche, il y aura des collaborateues de Jacques; ça te fera du bien de rencontrer des gens intéressants. Je t'ai pris rendez-vous chez mon coiffeur. Samedi 11 h. A dimanche, Margot chérie!"
Elle a déjà raccroché. Je ne sais pas dire non à ma sœur aînée. Elle s'est toujours crue obligée de prendre sous son aile la cadette pas très jolie, absorbée par ses chères études. ELLE, a décroché le cocotier, comprenez: épousé le PDG de ses rêves. Son obsession : faire mon bonheur, à l'image du sien.
Son Figaro m'a concocté un chignon bouclé, "revient à la mode, très chou", qui me donne l'impression de transporter une choucroute garnie. À l'aide, rendez-moi ma queue de cheval !
J'arrive, en jeans et col roulé. Annie m'entraîne dans sa chambre : " Je vais te prêter une petite robe, une de celles que je portais après la naissance de Liza; avec tes ballerines, ça ne jurera pas trop." (Et vlan, rappelle-toi soeurette tes quelques kilos superflus, tes 39 fillette impossibles à caser dans mes escarpins 37.) Séance de maquillage, et j'entre dans la salle à manger déguisée en poupée Barbie. Je me sens mal mais le pire est à venir.
On me présente au couple Flora-Gilles et à Francis, ingénieur dans l'entreprise du beauf. Naturellement, on me place à ses côtés. Pauvre célibataire qu'il faut aider à se caser… Yeux qui se croisent, dents nicotinées, il est avenant mon voisin ! Et il fleure bon le gel et les chaussettes sales.
Annie vante mes brillantes recherches en statistiques et probabilités. "Barbare ! s'exclame Gilles tandis que Flora soupire : "Après une thèse, il sera bien tard pour faire des enfants !" Encaisse, Margot ! Annie apporte l'entrée : des escargots, parce que sa petite sœur en raffole. Nom d'une pipe, elle sait bien le mal que j'ai à manipuler les pinces ! Une coquille grasse gicle vers la cravate de Gilles. Et hop, une deuxième vers les lunettes de Flora. Ecarlate, je continue…avec les doigts. Grande soeur enchaîne sur un autre de mes talents : les comptines que j'excelle à composer. Chic, je vais pouvoir parler de cette passion. " Une souris grise… escargot margot montre-moi tes cornes …" chantonne mon beauf. Je blêmis: le mois dernier, je croyais filer le parfait amour avec Stan jusqu'à ce que je le trouve au lit avec ma voisine. Par bonheur, l'arrivée du gigot déclenche un débat sur la qualité des viandes. On m'ignore, jusqu'au café.
—Vous n'avez pas apprécié ce repas, n'est-ce pas ?" L'inflexion presque tendre me surprend agréablement.
— Pas vraiment !
— Moi non plus ! J'ai du travail en retard et je sens que vous mourrez d'envie de rentrer chez vous. Je vous raccompagne ?"
Louable intention, je l'embrasserais presque, le Francis !
Un quart d'heure plus tard, la voiture stoppe devant chez moi. Je m'apprête à prendre congé lorsque l'ingénieux ingénieur m'agresse, bouche en avant, paluches pétrissant mes seins. "Pour me remercier de t'avoir ramenée, sois pas bégueule !" La claque magistrale que je lui assène calme ses ardeurs. Je fuis.
Chignon défait, je m'installe devant mon ordi, clique sur mon icône statprobas. J'oublie l'enfer du déjeuner. Mon bonheur, Annie, ne t'en occupe plus. Il est là, pour l'instant, dans Statistiques et probabilités.

Ben oui, je vous le dis, je suis devenue fan de Mankell, par hasard, conseillé par un ami spécialiste es polars! Mais je n'ai pas suivi ses conseils (n'en fait qu'à sa tête, la dame). Je n'ai pas lu les bouquins dans l'ordre chronologique.... et finalement ça ne me gêne pas du tout.
Je viens de terminer Le Guerrier solitaire (1999) et c'est celui qui m'a le plus emballée. L'intrigue est complexe.Quel liens peut-il bien y avoir entre le premier chapitre qui se passe en république dominicaine, les terribles évènements qui se déroulent en Suède: une jeune fille qui s'immole par le feu en plein champ, des notables assassinés et scalpés ? Quant au personnage à multiple facettes du meurtrier, il est tout simplement fascinant. Et toujours l'infatigable énergie, le flair de Wallander, et ses états d'âme et problèmes personnels qui le rendent proche du lecteur.


