Faire partager mes textes, mes coups de
56 billet(s) - 101 commentaire(s) - 3553 visiteur(s) au total - 8 visiteur(s) aujourd'hui
Posté le 18.06.2007 à 12:33

Un attentat kamikaze. Un chirurgien israélien d'origine arabe qui s'affaire à soigner les victimes. L'horreur lorsqu'il découvre le corps déchiqueté de la kamikaze qui n'est autre que sa propre épouse. Son cheminement douloureux pour essayer de comprendre. Un éclairage intéressant sur le combat du peuple palestinien.
Je n'ai pas pu le lâcher. Extraordinairement prenant.
C'est le moins "violent" des Yasmina Khadra. Je le tiens de la bouche de l'auteur, rencontré à la fête du livre de St Etienne, qui m'a conseillé de commencer par l'Attentat si je n'avais encore rien lu de lui.

Je pense qu'il analyse avec justesse la situation; en effet, il ne semble pas y avoir d'issue, et c'est cela qui dérange et secoue le lecteur.




Aucun commentaire - Poster un commentaire


Posté le 16.06.2007 à 11:38

Comment s'en aller en réglant ses comptes avec la hiérarchie, et en s'amusant franchement!

J’avais dit il y a quelque temps à M. P. (Inspecteur d’Académie) qu’étant arrivée à l’Inspection académique en 1983 toute timide et sur le pointe des pieds, sans faire de bruit, je souhaitais m’en aller de la même façon. Cela s’avère impossible : sur la pointe des pieds peut-être, timide et sans faire de bruit sûrement pas. Tout simplement parce qu’en vingt ans, en partie à cause de la chaude atmosphère de convivialité qui règne dans cette maison à dimension humaine, grâce aux tâches qui m’ont été confiées, et sous l’influence bénéfique de mes filles, j’ai beaucoup, beaucoup changé. Et je quitterai cette maison : rieuse, moqueuse, fantaisiste, et…Monsieur le Secrétaire général ne  me contredira pas…..râleuse et enquiquineuse ! Et fière de l’être !

Ma carrière – mais je n’ai jamais été carriériste – disons plutôt mon parcours, j’aurais aimé vous le retracer en musique. Faute de pouvoir transporter mon instrument intransportable, ce sera donc en chansons que je le ferai. J’aurais pu me déguiser en Edith Piaf et vous chanter ma version de « Non je ne regrette rien », mais n’étant pas chanteuse, quoi qu’en dise M. P., vous n’aurez droit qu’aux titres et à quelques paroles de chansons. Et si vous les reconnaissez au passage et si vous avez envie de chanter, ne vous gênez pas !

 Dans la vie, on fait rarement ce qu’on veut. Si je l’avais pu :

« J’aurais voulu être une artiste

Pour pouvoir faire mon numéro

J’aurais voulu être un auteur

Pour pouvoir inventer ma vie

J’aurais voulu être une actrice

Pour tous les jours changer de peau

Pour pouvoir dire pourquoi j’existe. »

Mais je n’en avais ni les moyens financiers ni surtout le talent.

Alors, je me suis fourvoyée dans une carrière enseignante pour laquelle je n’étais absolument pas faite, un brave conseiller d’orientation rencontré avant l’entrée en 6ème ayant déclaré et écrit : « réussira dans l’enseignement. » Pas très psychologue, le monsieur !

Jugez de mon soulagement lorsqu’une voix venue je ne sais d’où m’a claironné un beau jour :

« Donne- moi la main et prends la mienne,

 La cloche a sonné, çà signifie

La rue est à nous que la joie vienne,

Mais oui, mais oui, l’école est finie. »

Il était venu le temps de la reconversion, grâce en partie à un autre conseiller d’orientation, rencontré sue le site de l’Université de St Etienne, qui m’a aiguillée vers le concours d’attaché d’administration. Et pour faciliter cette reconversion, le Ministère de l’Education nationale qui aime bien faire voyager ses agents, après m’avoir exilée comme certifiée au fin fond du département du Doubs, m’a fait découvrir :

« « Les vaches rousses, blanches et noires

Sur lesquelles tombe la pluie,

Et les cerisiers blancs made in Normandie

Une mare avec des canards

Des pommiers dans la prairie

Et le bon cidre doux made in Normandie. »

Eh oui, onze ans passés à l’Inspection académique de Rouen où j’ai appris le travail administratif, passant par Discol, transports scolaires, formation continue, pour finir, récompense suprême, chef du bureau des BEP CAP et découvrir ainsi les plaisirs d’une Division examens et concours.

1983 : prise d’une énorme crise de spleen, la famille Akakpo, qui dans l’intervalle s’est agrandie avec la naissance de deux fillettes, téléphone à la grand-mère :

« Fais du feu dans la cheminée, on revient chez nous

S’il fait du soleil à Rouen, il en fait partout. »

1983 donc, arrivée à l’IA de la Loire et premier poste de chef de division, "aux bourses", une des plus grandes divisions de la maison à l’époque de par la multiplicité de ses attributions, le nombre de ses personnels et la superficie de ses bureaux. Et pendant quelques années, ça a été :

« Une histoire d’amour

Où pour nous tous le mot toujours semblait trop court….. »

Et je ne peux pas parler des bourses sans remercier les anciennes qui ne sont plus très nombreuses et qui m’ont tout appris sur le métier.

Et puis, au fil des années, l’enthousiasme au travail, ma foi, comme le disait Cloclo :

« Ca s’en va et ça revient, c’est fait de tout petits riens…. »

Quand ça s’en va, il faut s’en aller. J’ai demandé un dossier de mutation et un brave secrétaire général qui ne ressemblait pourtant en rien à Jacques Brel est venu me chanter :

« Ne nous quittez pas, ne nous quittez pas... »

En guise de perles de pluie, il m’offrait le premier poste de chef de division qui viendrait à se libérer. Je n’ai pas rendu ma demande de mutation. Mais comme la plupart des promesses, celle-ci est restée au stade de :

« Paroles, paroles, paroles…. »

Quelque temps après, un autre secrétaire général, à coup de petites insinuations… perfides m’a fait sentir qu’une attachée principale au service des bourses, ça gênait dans le paysage. C’était assez désagréable de l’entendre régulièrement fredonner :

« À présent tu peux t’en aller ! »

 Cette fois, je l’ai demandée ma mutation et je ne l’ai pas eue (c’était bien la seule année où il n’y avait aucun poste à l’Université !)

Miracle, voilà qu’arrivent les emplois jeunes, pour l’Education nationale les aides-éducateurs. Qui veut s’occuper du recrutement, de la gestion des aides-éducateurs dans la maison ? Pas grand monde. Alors le même secrétaire général se tourne vers la petite dame des bourses et pendant trois années ou presque le recrutement et la gestion des aides-éducateurs a été à nouveau pour moi :

« Une histoire d’amour où pour nous tous le mot toujours semblait trop court….. …. »

En tout cas, cette période m’a permis d’élargir mon horizon et de travailler en collaboration avec des personnels que je ne connaissais pas et des personnels de la maison que je connaissais peu mais qui gagnaient vraiment à être connus.

Allez abrégeons : cette Division Examens et Concours sur laquelle j’avais un oeil depuis pas mal de temps a fini par m’ouvrir les bras et j’ai enfin en l’an de grâce 2000 retrouvé au centuple les plaisirs et les émotions auxquelles j’avais goûté à Rouen. Trois années difficiles passées à la DEC, en particulier l’année écoulée au cours de laquelle devant les imprévus, les problèmes, j’ai eu bien souvent l’occasion de susurrer à mon adjointe :

« Oh Marie si tu savais…… »

Trois années difficiles mais ô combien passionnantes, riches en enseignements, en contacts divers avec une multiplicité de partenaires extérieurs et une équipe formidable à laquelle il faut associer le CDTI et à laquelle  je dirai, faisant appel à mon ami Patrick (Bruel bien entendu)

« Ensemble on a beaucoup trimé

Ensemble on a beaucoup stressé

Même si je suis ridicule, je vous le dis quand même

Amis de la DEC je vous aime. »

Si je m’en vais cette année, c’est bien évidemment parce que j’ai quelques projets : faire plus de musique, c’est sûr parce que la musique :

« C’est bon pour le moral, c‘est bon pour le moral…. »

Nous avons tous aussi nos rêves et s’efforcer de les réaliser n’est pas une mince affaire. Pour ce qui me concerne, j’espère, peut-être naïvement mais très sincèrement, que dans les années à venir,

« …même si le temps presse

Même s’il est un peu court

Si les années qu’on me laisse

Ne sont que minutes et jours….

J’irai au bout de mes rêves

Tout au bout de mes rêves

Où la raison s’achève

Tout au bout de mes rêves. »

 



Posté le 12.06.2007 à 20:37

 Ma chambre d’enfant

 

Je n’ai plus de souvenirs de la couleur des murs, du plafond ou du sol de cette chambre. Le sol, d’ailleurs, on devait en apercevoir à peine un mètre carré. Mais je n’ai jamais oublié à quel point elle était petite et quels efforts nous devions déployer pour ne pas nous gêner, car nous étions trois à l’occuper chaque soir.

Un triste rideau bordeaux cachait le divan dans lequel dormait mon frère et était censé lui assurer un semblant d’intimité.  Ma sœur et moi partagions le lit à deux places qui occupait l’autre moitié de la pièce.

 Le soir venu, nous devinions, à travers le tissu fatigué, la silhouette allongée de l’aîné, qui tentait de lire quelques pages d’un roman policier à la lueur d’une minuscule lampe de chevet. Nous chuchotions, piquions quelques fous rires. Sur un : « La ferme, les filles ! », il éteignait la lumière et nous invitait au silence.  

Une vieille table bancale, collée contre le mur sous la fenêtre, entre les deux lits, et une chaise de paille complétaient le mobilier sommaire de ce nid douillet : c’était là que je m’installais au retour de l’école pour faire mes devoirs.

 Mon attention était parfois distraite par le passage d’un train sur le viaduc à quelques mètres à peine des vitres. Je pouvais apercevoir les voyageurs et il m’arrivait même d’échanger un signe avec certains. Quant au bruit, nous y étions si habitués que le va et vient des wagons ne nous dérangeait en rien, de jour comme de nuit.

Lorsqu’à la faveur du départ des aînés et d’un déménagement, j’ai enfin eu MA chambre, en souveraine j’ai rempli MON armoire avec MES vêtements, classé mes livres dans MA bibliothèque, disposé mes stylos sur MON bureau, admiré MON lit recouvert de cretonne fleurie.

 Mais la première nuit, j’ai eu l’impression d’être à l’hôtel et beaucoup du mal à trouver le sommeil.

 Une chambre meublée à Rouen

Je ne souhaite à personne d’habiter un jour un tel gourbi. En dépit de tous mes efforts, c’était tout ce que j’avais trouvé, près de mon nouveau lieu de travail, un studio sous les toits, rue du Vieux Palais. Un studio, vite dit : en réalité, un couloir de trois mètres de long sur deux mètres cinquante de large. Une fois passée la porte d’entrée branlante, on apercevait, à gauche, collé le long du mur gris lézardé, un étroit lit de fer recouvert d’un édredon blanc sale, ventru, à la mode d’autrefois. Point d’armoire, la pièce était trop petite pour cela, mais au pied du lit, une sorte de chiffonnier vermoulu aux tiroirs si nombreux que j’avais décidé de les étiqueter pour ne pas perdre de temps : petites culottes, soutiens-gorge, collants, chaussettes, foulards, bijoux, papeterie, tee-shirts…Point de fenêtre non plus, simplement une méchante lucarne ronde. Le matin, grimpée sur la table de bois blanc censée servir de bureau, je poussais l’œil de bœuf, passais la tête et une main à l’extérieur pour avoir une idée du temps qu’il faisait.

Le soir, assise sur mon lit, un livre à la main, je tremblais de frayeur en surveillant les sprints d’un mulot sur la moquette qui, à l’origine avait dû être verte, peut-être bleue, impossible à dire…..Inutile de préciser que mon sommeil ne fut jamais serein, pas plus que mon réveil, puisque souvent, le matin, niché dans la corbeille de fruits posée sur la tablette de formica du coin cuisine à l’entrée, le mulot me lançait un regard brillant avant de disparaître...

 

 

 Une chambre d’hôtel

Une fois poussée la porte de la chambre 101, nous avançons timidement dans le couloir d’entrée : nos pieds fatigués s’enfoncent dans la moquette fuschia, si épaisse qu’ayant échappé la clé, nous avons du mal à la retrouver. « Hôtel le Neptune, quatre étoiles »: après une journée en voiture sous le soleil, partis à l’aventure pour un week-end, las de nous heurter à des pancartes « Complet », nous avons aperçu, en pleine nature, l’enseigne lumineuse et avons fait halte ; qu’importe le prix, nous n’en pouvons plus.

Le lit est si large qu’on pourrait y dormir à quatre : les dessins du couvre lit, qui mêlent divers tons de rose, reproduisent ceux de l’étoffe qui tapisse les quatre murs.

Une rampe de spots argentés surplombe la couche royale, flanquée de chaque côté d’une tablette de chevet du même métal. La porte-fenêtre, sur la droite, donne sur une piscine illuminée où quelques baigneurs font leur trempette de vingt-deux heures. Un bureau de ministre, au pied du lit, supporte une statue moderne en bronze, qui ressemble vaguement à un individu se contorsionnant pour se frotter le dos. À côté du bureau, un miroir en pied nous renvoie une image qui nous fait subitement éclater d’un fou rire inextinguible : moi, avec ma minijupe à pois de chez Pimkie et mon débardeur de coton bleu, lui, en polo blanc trempé de sueur et jean délavé, tous deux coiffés comme l’as de pique, avec à nos pieds notre vieux sac de voyage informe.

Deux clodos entrés par miracle au Ritz ! Deux clodos qui, une fois douchés et allongés dans les draps roses – pas en soie mais presque – lèvent les yeux vers l’écran de la télévision grand luxe aux cinquante chaînes câblées et entament une furieuse partie de zapping avec la télé commande. Heureux vingtième anniversaire de mariage !

 La chambre bleue

               Je l’appelle mon bureau, ma salle de musique, mon repaire… Au milieu de la pièce, sur la moquette bleu dur si souvent foulée par les pieds nus de Nelly, trône le lit de l’adolescente, recouvert de sa couette à dessins bleus et blancs. Trois peluches, renne, singe, éléphant se disputent l’oreiller. Sur le mur aux couleurs de l’azur, au-dessus du lit, l’immense poster en noir et blanc de Lenny Kravitz, fixé là depuis une dizaine d’années, n’en finit plus de se délaver. Je le recolle régulièrement, tout comme l’affiche d’un gala de l’école centrale derrière la porte d’entrée. Ce sont des souvenirs chers à Nelly ; pas question de les remplacer.

À gauche, une énorme armoire en chêne abrite les vêtements que ma grande fille n’aime plus ou ceux qu’elle n’a pas la place de loger dans son petit appartement parisien.

Je l’ouvre, les jours de blues, enfile un pull, une jupe longue : nous avons la même taille et j’ai la permission de la propriétaire ! À  droite, devant la fenêtre aux rideaux…bleus eux aussi, tout comme le plafond, le bureau d’écolière du même bois que l’armoire porte encore le sous-main de cuir marine, deux ou trois pots à crayon et un miroir : Nelly utilise le meuble comme coiffeuse lorsqu’elle vient en vacances ou en week-end.

J’y ai également installé ma machine à coudre et mon radiocassette CD.

En face du lit, une bibliothèque regorge de livres, de dictionnaires, de classeurs de cours. À  côté, accolé au mur, le piano, toujours ouvert, et un bac en plastique rempli de partitions, celles de Nelly, les miennes, bien souvent les mêmes. Normal, puisque après le départ de Nelly, j’ai  repris le flambeau et suis les cours de musique de la même école.  

« Un vrai foutoir, s’exclame parfois mon mari lorsqu’il jette un œil dans la pièce ! » Je m’en fiche. Lorsque je m’y enferme pour lire, coudre, faire de la musique ou en écouter, c’est l’ombre de Nelly qui tourne les pages, guide mes mains, choisit les disques. Je ne suis jamais seule dans la chambre bleue.   

La chambre de grand-mère

 

Grand-mère laisse son regard fatigué errer sur les murs blancs, le plafond blanc, le carrelage clair toujours impeccablement lavé.

Voilà trois semaines qu’elle n’a pas quitté cette cellule monacale toute en longueur qu’elle connaît par cœur, où tout est blanc, blanc comme les draps, comme la petite table de chevet à droite du lit, comme l’étroite armoire à vêtements à gauche, juste à côté de la porte du cabinet de toilette, blanche elle aussi, qu’elle n’a pas eu l’occasion de pousser. Blanc comme les blouses de ceux qui passent la voir régulièrement, comme ce plateau posé en travers du lit et sur lequel fume un bol de soupe auquel elle ne touchera pas, blanc comme son visage et ses mains décharnés. Cet après-midi, elle avait décidé de faire un gros effort, le dernier peut-être. Elle a longuement fait la conversation avec sa fille, éludant toutes les questions relatives à sa fatigue, ses douleurs. Elle s’est inquiétée du travail de son gendre, de la santé des enfants, de leurs progrès à l’école, de son courrier, de la température extérieure. Elle, avec ce radiateur bouillant, placé à droite du lit, sous la fenêtre, elle n’a pas trop à se plaindre. Sa fille est repartie avec le sourire. C’est tout ce que voulait grand-mère.

Épuisée, elle distingue à peine au pied de son lit – si haut qu’elle se demande parfois si elle ne va pas en tomber la nuit – la table sur laquelle trônent quatre ou cinq plantes vertes et une gerbe de glaïeuls et le fauteuil de cuir, noir lui, destiné aux visiteurs. Elle lève les yeux vers le petit poste de télévision presque collé au plafond en face d’elle : elle ne l’a jamais allumé. Elle est si lasse.

Petit à petit, les murs blancs de la chambre s’écartent, des flocons laineux s’échappent du plafond soudain devenu bleuté. Grand-mère n’a plus mal tout à coup : dans sa chemise de nuit blanche, debout, le sourire aux lèvres, tout doucement, tout doucement, elle s’enfonce dans la neige.

 

 




Aucun commentaire - Poster un commentaire


Posté le 12.06.2007 à 20:28

 

Il fallait y penser

  —Tension 22. Pouls accéléré. Température 40. Sans compter….

Le docteur Prin jeta un nouveau regard inquiet au contenu sanglant et nauséabond du pot de chambre que Victor avait laissé près de lit pour le lui montrer dès son arrivée et décréta.

 —   Il faut l’hospitaliser d’urgence. 

 — C’ ’est que… 

 Le pauvre Victor regardait d’un œil navré la créature monstrueuse au visage bouffi de graisse, à l’embonpoint qui laissait supposer la prochaine naissance de sextuplés, voire plus.

   — C’est que… 

 Prin soupira et, se grattant la tête avec perplexité.

     Je vous avais pourtant prévenus, tous les deux. Elle ne pouvait pas continuer à grossir de cette façon. Les médicaments n’étaient qu’une aide, mais pour le régime, la psychothérapie, vous avez toujours fait la sourde oreille.

    Vous savez docteur, depuis qu’elle ne se levait plus, un demi-poulet et un kilo de pâtes lui suffisaient. Et le matin elle ne pouvait plus avaler qu’une baguette au petit déjeuner.  Mais comment on va faire, ma pauvre Marguerite…

      Sept étages, pas d’ascenseur… Et l’escalier est si étroit que les ambulanciers ne pourront pas passer avec un tel chargement…

        Dites, Docteur, et les pompiers, avec la grande échelle, par la fenêtre ?

      Bonne idée ! Je les appelle et j’explique la situation.

En prononçant le mot fenêtre, Victor s’était approché de celle de la chambre : il aperçut alors à sa gauche la plate-forme élévatrice sur laquelle on chargeait précautionneusement le bahut du voisin et suivit la progression du volumineux objet en direction du camion des déménageurs Portetout. Elle était là la solution. Dans sa joie, il se retourna vivement vers le lit, renversant le lampadaire hérité de belle-maman.

Dix minutes plus tard, un détachement de pompiers était sur place : le commandant Lebon avait réquisitionné les services de l’entreprise Portetout dont le responsable n’avait su que hoqueter : « Quelle gageure ! » On arrima solidement Marguerite enroulée dans une couverture sur le monte-meuble et la lente et périlleuse descente commença sous la surveillance de deux techniciens déménageurs et de l’équipe de pompiers.  Sans oublier les badauds qui ne se privaient pas de pousser des Oh ! et des Ah ! tout en se tenant à distance raisonnable. « On sait jamais, murmura en ricanant un ado de l’immeuble à son copain, tu vois pas que l’engin se décroche… Pas envie de prendre un coup d’hippopotame et de finir comme une crêpe, moi ! »

Vers vingt heures, Marguerite, quelques morceaux de sparadrap ornant une joue égratignée au moment de franchir la fenêtre, ahanait faiblement dans son lit d’hôpital. Victor surveillait la perfusion en caressant les jambonneaux – pardon – les avant-bras de l’amour de sa vie.

— Ma chérie, mon cœur, tu as eu si mal quand on a perdu notre petit Léo. Tu vas voir, on va te retaper. On repartira à zéro. Tu te souviens quand on s’est mariés, que tu as ouvert le bal dans ta belle robe blanche : une fée, légère, ma petite plume d’oie, tu te rappelles comme tu aimais ne nom-là ?







Aucun commentaire - Poster un commentaire


Posté le 12.06.2007 à 20:24

Merci grand-père

 Je n’en revenais pas. Elle avait pris le train, un taxi avec ce colis d’un mètre sur 80cm enveloppé dans une triple épaisseur de papier kraft ! « Un cadeau, qui ne pourra que te faire plaisir puisqu’il te rappellera la maison » murmura-t-elle avec une mine de conspiratrice. Sans même ôter son manteau, elle déshabilla religieusement la chose et s’empressa de l’accrocher dans mon salon à la place que je destinais à mon Kandinsky. Je retins un cri d’horreur et  entraînai maman faire ce qui lui faisait plaisir à elle : courir les boutiques en ville. Au retour, je m’effondrai, épuisée, sur mon canapé, les yeux rivés au tableau d’une incroyable banalité qui réveillait en moi mille souffrances cachées. Je la détestais depuis mon enfance,  cette peinture de la gare de P., oeuvre de mon grand-père maternel à qui maman vouait une admiration sans bornes.  Il s’était appliqué, papy : tracé géométrique des rails, détails de l’arrière de la locomotive, 100% figuratif, mieux qu’une photo ! Un coup de flemme l’avait empêché de peindre l’intégralité du bâtiment abritant la salle d’attente  dont on n’apercevait que deux morceaux de fenêtre. Maman en était fière comme d’un Renoir, c’est tout juste s’il ne fallait pas faire une génuflexion devant Le tableau qui ornait un mur de la salle à manger. Grand-père, un vieillard qui puait le tabac, l’urine, et s’arrangeait pour fourrer sa main dans ma culotte dès que maman tournait le dos. Heureusement, à mon cinquième anniversaire, une crise cardiaque avait mis fin à ses explorations. Quelques années plus tard, lorsqu’on m’annonça que papa était parti pour un grand voyage, je passai de longs moments à observer  la fillette vêtue de blanc plantée par grand-père dans le coin droit du tableau. Je m’imaginais à sa place, debout derrière la barrière de bois, attendant papa qui finirait bien par revenir et descendre un jour de ce vilain train. Pour lui, j’aurais mis ma plus jolie robe.

Pendant mes années d’études, la  seule vue du tableau suffisait à pourrir mes dimanches : lugubre ciel nocturne au-dessus de la gare, aussi triste que l’uniforme marine que j’allais devoir endosser avant de prendre le train pour rejoindre l’internat, aussi sinistre que le morceau d’horizon que j’apercevrais du dortoir avant de m’endormir en larmes chaque soir…

Un coup de sonnette interrompit mes pensées mélancoliques. Léa, probablement, qui devait se charger des boissons pour ma pendaison de crémaillère le lendemain. Mais j’ouvris la porte à un fou furieux qui m’empoigna par les épaules et me poussa vers le salon. Je l’avais oublié, celui-là, Alex, un ex, qui ne digérait pas notre séparation et m’avait inondé de textos menaçants. Tandis qu’il m’écrasait contre lui en m’injuriant, j’évaluai mes chances de résister au colosse aux forces décuplées par la colère. Infimes. Je feignis de mollir sous un baiser aviné et réussis à le repousser. Son dos heurta le bahut. Un bruit sec, et le violent se retrouva à genoux, assommé par le tableau de papy fort opportunément mal accroché par ma chère mère. 

Un cadeau qui me ferait plaisir, avait-elle dit. Finalement, elle n’avait pas tort !









<<< Page précédente | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | Page suivant >>>

Blogs / Annuaire de blogs - Annuaire de blogs - Annuaire gratuit de Manga - Décos pour blogs - Forum de blogs - Tout l'actualité en direct - Ados
Portail de l'informatique - Rencontres Pour Ados - Forum Ados - Annuaire blog - Liste blog - Toute l'actualité pour les Ados ! - Créer son forum - annuaire 1001 RSS

Suivre le flux rss/XML de ce blog