Faire partager mes textes, mes coups de
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Posté le 24.11.2007 à 10:14
Tu as dû enrager Kariata, verser quelques larmes sans doute, ce mercredi 21 novembre 2007. La police des frontières t’a retenue  près de onze heures en zone d’attente à l’aéroport d’Orly. Maligne, la petite dame à la peau noire : prétend qu’elle rentre d’un voyage au Bénin, avec escale au Maroc, exhibe un passeport français portant une photo qui ne lui ressemble pas à 100%. En plus, elle est de parents français d’origine ivoirienne ! Eh, on ne la leur fait pas, à  ces fins limiers ! Encore une qui essaie de mettre le pied sur notre belle d’accueil avec de faux papiers.
Tu en as pas mal de papiers avec toi, Kariata : ton livret de famille, des quittances de loyer, d’EDF, de téléphone, ta carte d’identité, ton carnet de santé apportés par parents et amis. Pfft…Trop de preuves tuent la preuve ? À bout d’arguments, tu demandes que l’on appelle un officier des RG de Meaux avec qui tu as travaillé : tu as travaillé deux ans en tant qu’adjointe de sécurité. Il reconnaît ta voix, sans l’ombre d’un doute. On ne te libère pas pour autant. (La confiance règne !) Tu t’inquiètes pour tes trois enfants qui t’attendent à la maison. Surtout que l’on brandit et rebrandit la menace de t’expulser vers le Maroc. Ta famille s’inquiète et alerte SOS racisme. Ton cauchemar se termine jeudi à 1 heure.
Mais aussi, Kariata, avoue que tu as tout fait pour leur compliquer la tâche à ces braves fonctionnaires de la PAF ! Tu n’as pas la peau de Blanche Neige, tu es française, tes parents sont nés en Côte d’Ivoire, tu vas te  balader au Bénin, tu reviens par  le Maroc. C’est déjà dur à avaler tout ça en ce moment. Enfin, cerise sur le gâteau, tu as grossi de quelques kilos depuis la délivrance de ton passeport. Mais qu’est-ce qui t’a pris?  Dans ta situation, cela fait partie des choses à éviter. Que ça te serve de leçon ! Imagine, un banal contrôle d’identité – si l’on peut dire banal vu que l’on contrôle en général au faciès – tu vas encore perdre un temps fou et surtout en faire perdre aux gardiens de l’ordre. Parce que pendant ce temps-là, les vrais détenteurs de faux papiers, les sans papiers du tout,  ils courent toujours, et ça, c’est mauvais pour les statistiques de monsieur Brice !
Pardonne-moi, Kariata, de me forcer à blaguer ! C’est toujours ce que je fais quand je ne veux pas qu’on me voie ou m’entende pleurer !                              .
 



Posté le 28.10.2007 à 16:42

Recueil collectif de nouvelles auquel j'ai participé. Vient de sortir chez IXCEA. http://ixcea.com

21 auteurs traitent chacun à leur manière le thème du temps qui file trop vite, de ses ravages. Quoi qu'on fasse, il passe... 




Posté le 27.10.2007 à 18:45
Ne pleure pas, bébé…Des mots que la mère du petit Aaron n’aura plus l’occasion de lui murmurer à l’oreille. Le 24 octobre au soir, à Bobigny, devant une cage d’ascenseur, un chien pris d’une crise de folie s’est précipité sur lui, l’a mordu au coup, traîné dans le hall du bâtiment. Oncle, voisins présents, jeunes attirés par le bruit ont à grand-peine tenté de faire lâcher prise à l’animal furieux. Aaron, dix-neuf mois, est décédé de ses blessures. Où était son maître-chien de propriétaire pendant ce temps ? Il le mérite, d’ailleurs, ce nom de maître, cet agent de sécurité qui prend si peu de soin de son outil de travail ?
Encore une fois, je crie, je hurle pour qu’aucun autre petit Aaron ne soit victime de la chiennerie des hommes.
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Posté le 26.10.2007 à 17:50
Ne pleure pas, bébé !
C’est ce qu’ils ont dit, les gendarmes qui ont conduit en centre de rétention un bébé de trois semaines ? Ne pleure pas bébé, on est bien gentils de ne pas te séparer de tes parents, on aurait pu, tu sais ! En plus, on ne te laisse pas à la rue, on t’emmène  au chaud. Et la loi, c’est la loi ! Alors, ne pleure pas bébé !
Heureusement,  un tribunal a jugé ce traitement inhumain et ordonné la remise en liberté de la famille. Heureusement ? Pleurez, braves gens ! Récupérés au centre, père, mère et bébé ont été déposés sur un trottoir où la mère a allaité le petit. Traitement humain ? Par chance, il existe des organisations humanitaires qui n’aiment pas voir les démunis crever de froid dans la rue.  Ne pleure pas bébé, ces gens-là veilleront sur ton sort. Mais combien de temps  réussiront-ils à te protéger ?
Dans les hautes sphères, monsieur Brice veille au grain. Il enrage que les quotas d’expulsions qu’il s’était fixés ne soient pas encore atteints. Alors, en accueillir trois autres de ces individus qui viennent d’ailleurs parce que la misère, l’oppression politique les contraignent à fuir, pas question !
Trois, ce n’est pas beaucoup, madame, mais la famille a tout le temps de s’agrandir.  Et chez ces gens-là, madame, on pond des petits sans réfléchir. Et ce bébé, madame, il va grandir, il va faire des petits, lui aussi, qui en feront d’autres, puis d’autres encore. Et tout ce joli monde brûlera nos bagnoles et mettra à sac nos banlieues, madame…
 
Je ne pleure plus devant ce genre d’histoires, je crie, je hurle, en espérant que d’autres crieront, hurleront avec moi pour que ça n’arrive plus…



Posté le 13.10.2007 à 19:20
Ma cabane au Canada

" L'odeur de la sciure me ramena à un souvenir de ma merveilleuse enfance, oui monsieur, un souvenir lointain, très lointain, mais le seul qui soit encore très vivace. Vous comprendrez qu'il me soit précieux. Donc, tandis que j'observais d'un œil intéressé l'employé occupé à découper une planche à la dimension demandée, l'effluve ambiant réveilla dans ma mémoire l'image de mon père, Renaud, occupé à scier les troncs d'érable ou de sapin devant notre cabane, là-bas au Canada. Je n'avais guère plus de cinq ou six ans et, assis sur un rondin, j'adorais contempler le grand gaillard d'un mètre quatre-vingt dix, dans sa chemise de lainage à gros carreaux, son pantalon de velours côtelé et ses bottes fourrées, tandis qu'il maniait la lame tranchante avec une habileté que je rêvais d'acquérir lorsque j'aurais quelques années de plus. Quelquefois, notre seul voisin, un vieil Indien, venait lui donner un coup de main et le mouvement de va et vient de la scie, le balancement des deux corps appliqués, en avant, en arrière, en avant en arrière, me fascinait.  Une poussière dorée et parfumée suintait des troncs blessés, tombait à terre, ou soulevée par le vent du Nord, s'accrochait aux vêtements, aux cheveux des travailleurs et venait bien souvent s'abattre sur les miens. Je la humai, heureux. Avant de nous laisser entrer pour le repas du soir, ma mère, Line, en tablier de grosse toile et châle de laine noire, nous obligeait en riant à secouer nos affûtiaux. "J'aime bien que vous sentiez le bois sec, disait-elle, mais je n'ai pas de temps à perdre à balayer." C'est vrai que le bois sec embaumait, celui que mon père avait tranché dehors comme celui des bûches qui s'entassaient près de l'âtre ! D'ailleurs tout embaumait dans notre cabane blottie au fond des bois. Le vin chaud qui fumait dans les bols sur la table, les jambons secs pendus au plafond, le feu qui crépitait dans la cheminée, la grosse marmite de cuivre posée dessus où mijotait le fricot..  
On y était si bien dans notre refuge au milieu de la forêt ! On n'était pas riches, les hivers étaient rudes dans ce cher pays où je suis né, mais dans notre cabane engourdie sous la neige, il y avait non seulement la chaleur d'un bon feu mais celle du cœur. Il était vraiment là le bonheur dans notre cabane au Canada.  Ah ! J'oubliais, savez-vous, monsieur, qu'au printemps, il nous arrivait d'apercevoir des écureuils sur le seuil ? "

— Annie, je ne savais pas que ton beau-père était originaire du Canada.
— Du Canada ? Il est né rue Mouffetard !
— Mais… dans le salon… il est en train de raconter à Charles ses souvenirs de…
— Le pauvre vieux, quatre-vingt cinq ans, bon pied, bon œil, mais plus toute sa tête… Chaque fois qu'il accompagne son bricoleur de fils chez Leroy Merlin ou chez Casto, c'est la même chose. Il s'échappe vers le rayon menuiserie et au retour, le voilà qui repart dans son délire, sa cabane au Canada. Ce n'est pas bien méchant. Allez, aide-moi à porter le rôti à la salle à manger. S'il en est arrivé aux écureuils sur le seuil, on est bons, on ne l'entendra plus de la soirée.







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