
Les beaux dimanches, je m’en suis régalée comme d’un mets rare : doux et sucré à l’entrée en bouche, il se pimente au fur et à mesure de la dégustation. Il vous laisse la bouche en feu mais vous en redemandez. Onze nouvelles, pas assez pour les gourmands ! Et je serais bien incapable de dire laquelle j’ai préférée.
Ces nouvelles, toutes primées à divers concours, ont été rassemblées dans ce recueil publié aux éditions Quadrature:
www.i6doc.com/quadrature

A l'occasion de la sortie de l'édition 2008 du Petit Robert qui intégre 400 mots nouveaux, dont ceux que vous pourrez repérer (en bleu...)
Coufle
J’ai encore pris au moins cent grammes. Rien d’anormal, c’est ce qui m’arrive chaque année et qui fait que je me porte de mieux en mieux, à ce qu’ils disent. Aucun risque que je ne rentre plus dans ma belle jaquette parce que de l’exercice, on m’en prévoit suffisamment. Mais cette année, sincèrement, je me sens mal : physiquement ballonné, écoeuré et moralement excédé, prêt à exploser.
Je me calme et j’explique. Il paraît que c’est normal de s’étoffer avec l’âge. J’ai donc au fil du temps absorbé de bon cœur les nombreuses nouveautés dont on m’a nourri.
Élevé aux bonnes vieilles soupes, au cassoulet bien de chez nous – vous sentez cet arôme de poireaux pommes de terre, ce fumet de saucisses haricots ? – je digérais également sans problème le couscous –comme là-bas, dis ! – la paella – et viva l’Espana ! Bon, j’arrête la rigolade, j’en entends déjà qui me traitent de pochetron ! J’ai grignoté des crackers sans rechigner, je me suis ravitaillé sans broncher à la sandwicherie du coin. J’ai craqué pour les nuggets et je me suis régalé avec l’arrivée des brownies. Ah ! les brownies des USA, ce mœlleux, cette saveur chocolatée… je m’en lèche encore les babines. Quant à la cuisine au wok, je m’y suis fait : encore un parfum d’exotisme, de dépaysement. J’ai failli éclater avec la flammkuche. Et voilà maintenant qu’on veut me goinfrer aux enchiladas. Alors là, stop ! Les enchiladas, j’y suis allergique, ça me chauffe jusqu’au zigouioui. En matière de sport, j’ai su évoluer aussi. J’ai commencé avec la marche à pied, la gymnastique, la natation, tout bêtement. On m’a collé sur des terrains de football, de rugby, lancé sur des pistes de ski où j’ai réussi quelques schuss. Pour faire de moi un athlète complet, on m’a initié avec le temps au water-polo, au karaté. L’aquagym m’a énormément détendu. Le jetski, j’en garde des souvenirs de chutes douloureuses. Aujourd’hui, on me met au kitesurf ! Ça commence à bien faire ! De colère, mes dreadlocks (1999 Alain ?)s’agitent comme quand je m’éclate au karaoké. (À quand il remonte celui-là ?) Et je ne vous en cite que quelques-unes des carabistouilles dont on m’a gavé, cette année. Gavé, vous dis-je, comme ces pauvres oies du Périgord. Hé, ho, Alain Rey et compagnie, mettez un frein à vos parties de chasse, à vos velléités de collectionneurs. Allez vous faire soigner, consultez un spécialiste en addictologie! Parce que tout ça pour quoi finalement. ? Pour faire mieux que La Rousse. Je ne sais pas ce qu’elle en pense, elle, du gavage annuel : mon nouveau système de géolocalisation est en panne, j’ai perdu sa trace à La Rousse. Mais vous savez ce qu’il dit le petit Robert, à ses foutus géniteurs ? Qu’il n’en peut plus, qu’il est Coufle* ! Ah ! tu ne connais pas ce mot, Alain ? C’est du gaga, du patois stéphanois. Tiens, c’est cadeau pour l’édition 2009, à condition que tu te limites à celui-là, parce que si tu pousses encore jusqu’à 400, je la fais péter ma jaquette !
*Coufle: en gaga, qui n'en peut plus parce qu'il a trop mangé!

Malodore
J’écoutais distraitement la radio, j’ai cru à un gag, j’ai dû hausser les épaules et sourire. En lisant mon journal ce matin, je n’en croyais pas mes yeux. Je n’ai pas pu terminer mon café qui avait tout à coup pris un goût amer.
Qui n’a pas un jour ou l’autre utilisé un de ces répulsifs destinés à éloigner des indésirables ? Une bombe ou une crème contre les moustiques ou les guêpes, par exemple, parce que ces insectes-là, ça pique méchamment et que, ma foi, c’est extrêmement désagréable, en particulier lorsqu’on est ou devient allergique à leur piqûre.
Un spray pour faire fuir les blattes et les cafards : j’ai des souvenirs d’un studio parisien pourtant coquet et bien agencé où l’on entrait le matin en tremblant dans la salle de bains, guettant les saletés dorées qui ne manqueraient pas de décorer le fond de la baignoire, où toutes les provisions étaient stockées dans des boîtes de fer hermétiquement fermées de peur de trouver un indésirable dans un paquet de pâtes ou de biscuits. Un an à dépenser une fortune en bombes vertes pour éloigner les intrus. Mais je m’égare, ma vie, ce sera pour une autre fois. Nos agriculteurs eux aussi utilisent bien force produits pour empêcher les bestioles de bouffer leurs cultures. Et les mites, tiens, je les oubliais, celles-là, c’est tout à fait légitime de les empêcher de grignoter nos lainages.
Mais pour en venir au fait, dans la bonne ville d’Argenteuil – bonne, vous en jugerez – ce ne sont ni les moustiques ni les blattes qui, apparemment, gênent le plus la municipalité. Si on a pulvérisé certains lieux publics en juillet – pourquoi on ne nous en parle que fin août de cette histoire ? – avec du Malodore (sans publicité aucune, bien évidemment), un spray répulsif nauséabond, c’est pour en éloigner… je vous le donne en mille, les SDF !
Ben quoi, c’est répugnant ces gens qui squattent les sorties de secours des grands magasins, ça défigure le centre ville, ça fait désordre ! Non seulement SDF mais SDH, Sans Dignité Humaine pour s’exposer ainsi assis par terre aux yeux des respectables citoyens. Les agents municipaux chargés d’exécuter la tâche ont refusé de le faire, pas seulement parce qu’on leur a expliqué le but de l’opération mais aussi parce qu’ils ont été effrayés par les mises en garde imprimées sur le carton du produit, ne laissant pas de doute quant à sa dangerosité. Les salariés du plus grand centre commercial de la ville n’ont pas eu de scrupules, eux, à asperger une voie d’accès de secours. Un couple de sans abri en a fait les frais, obligé de fuir, gorge irritée et yeux douloureux ; mais n’ayant pas d’autre solution, il a réintégré son « logis » quelques jours plus tard.
Et si l’un d’eux avait été pris de malaise, on aurait fait quelque chose ? Allez savoir, ils n’avaient sûrement pas de CMU ces SDF ! Quelle imagination, quelle inhumanité chez un élu, et en 2007 ! Ça fait froid dans le dos ! Espérons que la médiatisation de ce fait-divers empêchera le renouvellement de l’expérience à Argenteuil, et n’inspirera pas d’idées saugrenues à d’autres ! Il m’en vient à moi de ces idées saugrenues.
Ce Malodore, après tout, il n’y aurait pas moyen de corser un peu la formule, de pulvériser abondamment toutes nos frontières par hélicoptères pour empêcher l’invasion des clandestins ? Ça reviendrait sûrement moins cher que de les rechercher une fois qu’ils sont sur le territoire, de les nourrir en camps de rétention, de les expulser manu militari par charters. (Surtout que maintenant nos braves policiers accompagnateurs se font tabasser à l’arrivée dans le pays d’origine !)
Mais en toute sincérité, mon vœu le plus cher, ce serait de voir nos chercheurs mettre au point rapidement un spray anti-connerie 100% efficace. On ne l’utiliserait évidemment que pour nos hommes politiques – il y a tellement à faire de ce côté-là ! – et puis, vouloir éradiquer toute la connerie humaine… faut pas rêver !
Source : Journal Le Parisien Aujourd’hui en France du samedi 25 août 2007 et infons télévisées et radiodiffusées... parce qu'on n'a pas fini d'en parler...

Comme d'habitude, un peu de pub pour les auteurs que vous ne verrez pas en tête de gondole chez vos libraires ou qui ne seront pas invités chez PPDA and Co, mais qui n'en sont pas moins bourrés de talent.
Je connaissais Alain Emery pour ses nouvelles, je ne l'imaginais pas en auteur de roman policier. En fait, "Erquy " est un policier d'un style assez particulier. L'intrigue défile en images sur un fond de voix off: celle de l'homme qui a su à force d'obstination découvrir pourquoi la jeune et jolie Lorette s'était suicidée vingt ans plus tôt, l'homme qui se décide à briser le silence. Pourquoi? Je vous laisse le plaisir de le découvrir vous-même. Particulier aussi parce que celui qui s'acharne à découvrir la vérité n'est ni détective privé, ni flic, ni impliqué dans la série de mystères qu'il veut percer à jour. Juste un homme épris de vérité, éminemment sympathique. J'oubliais: l'auteur nous offre en prime un vrai dépaysement en Bretagne.
Editions Astoure, 8 euros. Se commande sur le site de la FNAC, entre autres.

Raffarin conspue Sarkozy
devant la préfecture du Rhône !
Le médium homonyme de l'ancien Premier ministre a exhibé une banderole injurieuse envers le chef de l'État
Avec un patronyme pareil, Denys Raffarin ne passe pas inaperçu et a su jouer d'une certaine homonymie pour faire prospérer son activité de médium auprès des médias.
Ce Bordelais de 48 ans, fixé à Nîmes mais ayant des attaches familiaiés à Saint-Étienne et à Lyon où il a ouvert en 1999 son cabinet sur les pentes de la Croix-Rousse, a été interpellé mardi à 14 heures devant les grilles de la préfecture après avoir accroché sur son véhicule une banderole traitant le président et la garde des Sceaux de noms d'oiseaux.
Il a été présenté au parquet avec un certificat le déclarant apte à répondre de ses actes. Le même parquet au lieu d'aiguiller l'affaire devant la chambre des comparutions immédiates a préféré ouvrir une information avec la désignation d'un juge d'instruction. La justice aimerait en savoir un peu plus sur le profil psychologique et surtout les motivations du médium réclamant aussi un statut pour les professionnels de la voyance et le règlement d'un dossier de garde d'enfant dont il se dit spolié.
Dans l'attente d'une expertise et d'une enquête plus approfondie, il a été laissé sous contrôle judiciaire.ll avait déjà été condamné pour une affaire d'outrage similaire remontant à 2005. A cette époque, il visait moins haut, s'agissant d'agents du fisc.

Le progrès, édition Rhônes Alpes 27/07/2007